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 Nuit d'hiver

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Eolk
Duvet Soyeux
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MessageSujet: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 15:33

Voilà la première nouvelle que j'ai écrit, elle date de l'an dernier. C'était aussi la première fois que j'écrivais une histoire jusqu'au bout... Pour l'occasion je l'ai un peu retravaillée de façon à rendre certains passages moins lourds...

Froid


Sa silhouette se confondait avec l’ombre du mur. Un instant, il sortit des ténèbres et se découpa sur la lumière glacée du lampadaire : un morceau de visage pâle, l’éclat de braise d’un regard, étouffés entre les replis d’un gros cache col et d’un bonnet rabattu sur les sourcils, étaient tout ce qui paraissait humain dans cette apparition. Le reste n’était qu’un amoncellement de vêtements usés, aux lambeaux multicolores rappelant les fanions qu’on a trop longtemps exposés au soleil et à la pluie, dont les couleurs fanées disposent l’âme moins à la fête qu’à la mélancolie.

Il souffla doucement, et la vapeur parut se figer dans l’air nocturne, disparaissant juste à temps pour être remplacée par l’expiration suivante. Il attendait qu’elle prenne plus d’avance. Quelques minutes plus tôt, quand ses pas avaient fait craquer le sol couvert de gel, il s’était cru trahi. Elle avait marqué une hésitation, un instant d’incertitude avant que son pied ne touche le sol. Puis elle avait continué comme si de rien n’était. C’était inquiétant, très inquiétant. Si elle avait tourné la tête, comme l’aurait fait toute personne normale marchant seule dans le noir en plein hiver, elle n’aurait rien noté de particulier : il était capable de se dissimuler dans l’obscurité. Mais non, elle avait entendu, et pourtant elle avait poursuivi son chemin. Il en était persuadé, elle savait qu’on la suivait. Depuis combien de temps s’en doutait-elle ? Trouverait-il une occasion avant de s’attirer des ennuis ? Elle allait en parler à quelqu’un, et il ne pourrait plus l’approcher. Il frissonna et se remit à marcher.

En dépit des multiples épaisseurs qu’il portait, aucun de ses vêtements n’était suffisamment chaud pour le protéger du gel. Il aurait fallu en trouver de meilleurs, mais comment ? Il n’avait jamais eu jusqu’alors à passer l’hiver dehors, et il n’avait rien prévu de suffisant. A présent, il était à court d’argent. En voler ? Non, pas de cette façon ! Ludwig essaya de chasser cette idée de son esprit, mais elle ne cessait de lui tourner autour, sombre papillon attiré par le feu. Il se mit à trembler légèrement en repoussant l’Appel de toutes ses forces. Mais il avait froid, et de toute façon, ça arriverait tôt ou tard… Non ! Refuser d’y penser !

Il porta son regard sur la fenêtre correspondant à sa chambre. A cette heure ci, elle devait terminer ses travaux de la journée, ou bien lire dans son lit… La lumière douce qui s’échappait formait un halo rassurant. Sans oser y pénétrer, il se blottit contre le mur, le regard levé vers la maison.


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Eolk
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 15:41

Rêves


Un jardin désordonné au début de l’été. L’herbe humide de rosée, agitée par une légère brise, ondoie en de souples courants verts. Un bourdonnement intense se dégage d’une tonnelle parée de glycine pourpre. Une fillette blonde, étendue sur le tapis de trèfle, parle en regardant le ciel.

Mais Tyane n’entendait pas les paroles et ne voyait que ses lèvres remuer, s’étirer dans un sourire complice, comme à la suite d’une plaisanterie. Bien qu’elle resta muette, la fillette poursuivait sa confidence silencieuse. La scène était imprégnée d’une paix et d’une nostalgie telles qu’en laissent les souvenirs d’enfance. Malgré cela, Tyane ne pouvait s’empêcher de se raidir : une fois de plus, le dédoublement de ses sentiments l’emplissait d’appréhension. Une part d’elle-même semblait jouir du bonheur de ce moment, tandis que l’autre restait étrangère aux évènements, témoin neutre et impuissant.

Elle savait qu’elle rêvait. Pourquoi ces songes la troublaient-elle tant, alors qu’elle avait conscience de leur illusion ? Celui qui vivait ces rêves était étranger à elle. Qui pouvait il bien être ? En cet instant, elle lisait dans son âme mieux qu’en la sienne. Confiance et affection envers la gamine, un peu d’ennui face à son babillage, l’esprit dégagé de tout souci. Cet exercice la troublait, car il était impossible de faire la part entre son véritable ressenti et celui de l’autre.

Et puis il y avait ce courant plus large de sensations, qui englobait le rêve tout entier. Une vague brûlante et ténébreuse, qui s’étendait, refluait, baignant la conscience de Tyane de haine, de souffrance et de désespoir. Annonciatrice du cauchemar, la chose la toucha. Elle eut l’impression d’être effleurée par des filaments humides et sentit revenir la nausée qui sommeillait en elle. Le monde bascula.

Peur panique. Course effrénée. De multiples petites plaies au visage et aux mains saignent, encore piquetées par des éclats de verre, mais il ne sent pas la douleur. Elle, si. Il fuit sans diriger ses pas, animal affolé, la tête vide ou trop pleine peut-être, comme si courir pouvait le ramener en arrière. Soudain, voilà qu’il dérape sur une plaque d’égout et heurte brutalement le trottoir. Il reste affalé dans le caniveau, hébété, la respiration sifflante comme s’il manquait d’air. Ses yeux, sans voir ce qui l’entoure, s’écarquillent d’horreur mais restent secs, porteur d'un fardeau trop lourd pour être déchargé par les larmes.

Pourtant, les larmes coulent à flot sur son visage. Son visage… Libérée ! Le réveil ! Tyane se redressa en tremblant, essayant de retrouver son équilibre intérieur. La fusion avait été si soudaine et complète qu’elle avait oublié qui elle était. Elle se leva en chancelant et se dirigea vers l’évier. Avant tout, un coup de brosse à dents pour retirer cet affreux goût de bile qui lui souillait la bouche.

Elle se fit face à travers la glace mouchetée de traces de dentifrice. Elle faisait peur à voir. Ses cheveux de jais trempés de sueur se plaquaient en mèches collantes sur son crâne. Son teint avait la fraîcheur d’un parchemin et de sombres cernes alourdissaient ses yeux bridés. Elle s’était couchée très tard pour tenter d’achever son illustration, et son sommeil agité ne l’avait guère reposée.

Elle fit rapidement son lit et mit de côté ses affaires sales. Avec le peu d’espace que lui offrait le studio, le moindre désordre rendait les lieux invivables. Elle engloutit un café et deux tartines sans en sentir le goût. Elle se brûlait immanquablement la langue, car elle considérait les repas comme des actes de survie et ne supportait pas l’idée de perdre plus de dix minutes à manger. Elle fourra rapidement ses affaires dans son sac, ferma la porte à clef et prit la direction du métro. Elle n’avait rien de mieux à faire qu’arriver en avance. Rencontrer des élèves, peut-être croiser ses amis, serait moins ennuyeux que tourner en rond au studio.
Elle n’avait pas encore l’habitude de vivre à l’étroit, bien qu’elle eût quitté le foyer familial depuis déjà deux ans. Et ces derniers temps en particulier, la petite pièce avait le don de lui porter sur les nerfs. Le stress était sans doutes responsable de l’oppression qu’elle ressentait. Elle étouffa un bâillement en montant dans le wagon. Comment devait elle s’y prendre pour dormir correctement ? Cela devait faire un mois qu’aucune nuit n’était exempte de dédoublement.

Les rêves étaient apparus, elle s’en souvenait très distinctement, la première fois qu’elle avait saigné. A l’époque, elle avait cru que c’était normal, que ça allait de pair avec la puberté. Mais personne n’avait admis ce qui lui arrivait. Pour les autres, ce n’étaient que des cauchemars. Ils ne comprenaient pas que ses songes la changeaient, qu’au contact des autres consciences, elle perdait son identité, oubliait la frontière entre rêve et réalité.

Elle qui était devenue la risée de sa classe, la bête noire des professeurs, qui avait perdu toute estime d’elle-même, elle avait pris un crayon et s’était mise à dessiner, pendant des heures, les choses obscures qu’elle avait dans la tête. Ce n’était pas très réaliste, ni même joli, mais cela exprimait bien les visions qui la hantaient. Cela l’avait soulagée. Elle avait alors pris sa décision : aller de l’avant, découvrir le monde, même si les rêves le montraient sans espoir. Puisque la nuit elle parcourait sans le vouloir un univers de ténèbres, elle s’était fait la promesse, le jour, d’avoir une vie à elle, où elle choisirait ce qu’elle ferait et qui elle serait.

Parfois la faiblesse la reprenait, parfois elle ne parvenait plus à sortir de son lit, de ces sombres illusions. Mais comme on ne peut pas rester pour toujours caché sous sa couette, elle se rendait à la vie et se levait.

Elle cligna des yeux et sortit brutalement de ses pensées : elle était dans le métro, debout au milieu de la foule compressée et stressée. Elle avait dépassé sa station ! Il fallait qu’elle descende rapidement ! Heureusement qu’elle était partie en avance…

Tout d’un coup, une sensation étrange, glaciale l’envahit. Le rêve… Il lui semblait que les yeux d’un prédateur redoutable étaient tournés vers elle et l’immobilisaient. Il la guettait dans son dos, mais elle n’osait se retourner et frissonnait, prise d’une appréhension subite. Le regard l’englobait, il connaissait tous ses gestes à l’avance, aucune chance de fuite, allait-il la tuer ? Mais non, il savait qu’il en avait le pouvoir, il savait qu’elle savait, et il se moquait d’elle, il la laissait trembler sur le fil de sa lame, juste pour lui faire peur, juste pour la détruire ! Le plus affreux était cette certitude qu’il n’y avait rien à faire, comme une main enserrant sa gorge et ce murmure dans sa tête : si je bouge, je suis morte… si je bouge, je suis morte… Elle s’aperçut soudain qu’elle ne respirait plus, elle hoqueta en silence, pauvre poisson s’étouffant au bout de sa ligne. L’air était là, pourtant, pourquoi n’arrivait elle plus à inspirer ? La peur… C'est une illusion, se répéta-t-elle comme une prière pour tenter de se calmer. Je vais mourir ! reprit la voix dans sa tête. Calme-toi, calme-toi… Respire profondément… Elle avala une grande goulée d’air, sa poitrine se gonfla, la panique reflua. Le souffle de vie retraversait son corps. Ne te laisse plus dominer par cette terreur, s’ordonna-t-elle, réfléchis, vite, analyse la situation…

Jusqu’à présent, elle parvenait à bien séparer ses émotions de la nuit et celles de sa vie. L’irruption des sensations habituellement causées par le rêve dans son quotidien ne pouvait signifier qu’une chose : le traumatisme de cette nuit avait dû la troubler, elle avait perdu un instant la conscience de son individualité et les souffrances du cauchemar s’étaient imprimées en elle. Mais le regard… Jamais encore elle n’avait sentit cette présence dans la réalité. Car c’était bien une présence, la perception d’un être intelligent… Oui, c’était sûrement cela ! C’était lui, le maître des rêves ! L’autre, dont elle partageait les émotions, n’était qu’une victime, il n’était conscient ni de sa présence ni de son propre manque de substance. Il n’était qu’un fantôme issu du passé, un courant d’air.

Non, le vrai manipulateur, c’était celui qui l’observait toujours, et qu’elle ne voyait jamais ! Et il était là… La, juste derrière elle ! Elle trouva dans cette certitude la force de briser l’enchantement qui la maintenait immobilisée et se retourna brusquement, scrutant les personnes serrées les unes contre les autres. Mais bien qu’elle dévisagea tous ces gens, dont certains froncèrent les sourcils en s’apercevant de son manège impoli, elle ne vit personne qui puisse être le maître des rêves.

Elle était sûre que si elle croisait son regard, elle le reconnaîtrait immanquablement. Mais il semblait s’être envolé, d’ailleurs, même la sensation d’oppression s’était dissipée. Elle détourna les yeux, gênée, en remarquant que l'ensemble du wagon la fixait d’un air réprobateur. Ses mains tremblaient légèrement, elle les enfonça dans ses poches. Qu’est-ce qui lui avait prit d’interpréter cette situation de façon aussi fantaisiste ? Elle allait mal, voilà tout, pour une raison qu’elle n’avait pas encore isolée, et ses rêves n’étaient rien de plus qu’une création de son inconscient pour extérioriser et ainsi réguler ses angoisses. Si elle commençait à partir dans des élucubrations fantaisistes, elle allait retomber dans sa dépression…
Elle releva brusquement la tête et grimaça: elle avait encore oublié de descendre...
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Eolk
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 15:53

L’Appel


Les stalactites étincelaient, traversées par le rayonnement agressif des lampadaires et des enseignes. Sur les toits, la neige était encore blanche. La grande avenue fourmillait de passants affairés. Ils pataugeaient dans la neige fondue qui sous le piétinement des hommes échangeait sa pureté naturelle contre une teinte grisâtre. Mais aucun ne s’en apercevait, non, ils étaient bien trop occupés pour percevoir la beauté de ce qu’ils détruisaient.

Ils passaient à côté de Ludwig sans le voir lui non plus. Qui aurait eu l’idée de diriger son regard sur cette forme misérable, ce tas de chiffons affalé dans l’ombre ? Quand par hasard un œil captait ce triste spectacle, il se dépêchait de s’en détourner avant que la culpabilité ne naisse dans le cerveau qui lui était associé. Les hommes ignoraient la beauté et fuyaient la laideur. Quoi de plus laid qu’un enfant dans la rue, tremblant de froid une nuit d’hiver ?

Mais Ludwig, lui, les regardait. Il ne tremblait pas de froid. C’était l’excitation qui faisait vibrer son corps. Dans ses yeux agrandis par l’Appel couvait un feu menaçant. La lutte était perdue d’avance, il avait cédé à la Bête. A sa respiration haletante, on aurait pu le croire dominé par le désir.

Un homme le frôla sans le remarquer, sa chaussure bien cirée glissa sur le verglas qui commençait à se reformer à partir de la neige fondue dans la journée. Quelques gouttes d’eau jaillirent du choc et vinrent scintiller sur la peau blanche de Ludwig. Ses cils battirent l’air pour chasser l’eau qui perlait à ses yeux.

Il ne pouvait plus rien y faire… Ses muscles se tendirent d’eux-mêmes, il se recroquevilla comme un animal prêt à bondir. Celui-ci. Il ne pouvait plus se retenir. Son souffle devint saccadé. L’envie et le manque faisaient luire ses pupilles rouges. Trop de gens. Trop de lumière. Doucement, très doucement, il se redressa sur ses pieds. Il fit un pas, deux.

Puis, alors qu’il s’avançait dans la zone éclairée par les néons, il disparut. Ou plutôt, les gens ne le regardèrent plus. Son apparence n’était pourtant pas commune, et il aurait du attirer des coups d’oeil, même involontaires. Mais non, comme si un morceau de nuit l’accompagnait, on ne devinait qu’une ombre qu’on s’empressait d’oublier aussitôt.

Il progressait avec une grâce de félin guettant sa proie, sans jamais quitter des yeux l’homme pris en chasse. Il y avait un absurde presque comique, à voir ce garçon marchant avec art, dans la lenteur étudiée d’une danse nippone, au milieu de cette foule pressée et insouciante. Ne pas toucher les gens. Eviter tout contact qui puisse briser le charme.

Enfin, l’homme quitta l’avenue principale pour s’engager dans une ruelle latérale. La silhouette sombre le suivit. Dans l’obscurité ambiante, il s’immobilisa et, éteignant un instant la lueur malsaine de ses iris, se redressa, tendit son cou maigre et prit une longue inspiration fiévreuse. Son domaine. Lorsqu’il les rouvrit, ses yeux chatoyaient. La crainte de la lumière disparue, il se sentait tout puissant. L’homme continuait à marcher sans se douter de rien. Il n’atteindrait jamais la clarté du lampadaire suivant.

L’Appel emplissait son corps de haine et vidait son esprit des suppliques et des réticences, le rongeait, progressivement, grandissait, croissait toujours, jusqu’au point intenable où l’être humain, vaincu par la souffrance, s’inclinait, remplacé par la bête. Et la créature qui oscillait en silence d’avant en arrière, déjà certaine de sa victoire, tenait plus de la bête que de l’homme. Sa bouche entrouverte semblait goûter l’air, et se tordait en un rictus qui découvrait des dents petites et acérées. Déchiqueter. Les yeux rouges s’agrandirent, semblant remplir son visage. Briser. Broyer. La tête se tendit vers l’avant, un frisson traversa le corps en alerte. Odeur de peur. Un spasme l’agita, il se hérissa, les cheveux s’échappèrent soudain du bonnet qui glissa au sol. Goût du sang. Les mèches blanches auréolaient sa figure avide comme une crinière de lune. Immobilité soudaine. Le mouvement final de cette danse de mort allait commencer.
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 16:16

Jeux de mort


La vielle dame ne cessait de jeter des coups d’œil à la dérobée sur l’employé qui lui expliquait patiemment l’intérêt d’acheter des actions pour faire fructifier ses économies. Il faut avouer que cet homme à l'âge indéterminable mais indéniablement jeune semblait déplacé derrière le bureau bien rangé. Il paraissait à son aise dans un ensemble élégant qui contrastait curieusement avec les dread locks incolores rassemblées en queue de cheval, le petit serpent d’argent qui perçait son oreille, et les lunettes de soleil qu’il portait à l’intérieur. Peut-être dissimulait-il une tendance à loucher ? C'était surprenant qu'ils acceptent un homme de ce genre dans cet établissement respectable...

« … dites-vous ? acheva sa voix basse, presque rauque.
-Hem… Excusez-moi ? dit la petite femme gênée. Je suis un peu dure d’oreille... »

Il se retint de pousser un soupir et composa un sourire compréhensif. Vieille peau! Il détestait les vieux, si laids avec leur odeur de mort. Son exaspération allait croissante, il avait déjà terminé ses heures, il aurait dû sortir mais il devait d’abord finir de s’occuper de cette cliente. Et ça n'en finissait pas...

Finalement, elle prit une décision. La mauvaise. Elle partit sans rien modifier à ses comptes.

"N'hésitez pas à m'appeller si vous changez d'avis..."
C’était bien la peine qu’il s’escrime depuis une heure ! Enfin, pour ce que ça changeait désormais...

Il gagna les vestiaires du personnel et se changea. Le strict uniforme fut remplacé par un pantalon bouffant, une veste trop longue de toile grossière sur un tee-shirt aux motifs colorés, quelques grands colliers en cauris, un look de hippy inhabituel dans ce genre de travail. Il relâcha sa pâle chevelure sur ses épaules, et sortit dans la rue sans un regard pour la banque où il ne comptait jamais remettre les pieds.

Il l’avait enfin trouvée ! Il dut se retenir de sourire tandis qu’il frémissait d’excitation. Il modifia son attitude, s’avachit, se mit à traîner des pieds, adopta une expression blasée. Il avait toujours aimé se déguiser, et ce personnage était plutôt amusant.
Un doute le saisit. Comment pouvait-il être sur de quoi que ce soit? Toujours n'existait pas... Il chassa cette pensée comme une mouche agaçante. Il avait plus important à faire pour le moment.

Il était à peu près confiant en son apparence, personne ne douterait de son camouflage. Comme pour confirmer ses dires, une adolescente d’environ seize ans l’aborda.

"Salut ! Tu fumes ? lui demanda-t-elle sans introduction supplémentaire.
-Heu… Occasionnellement… répondit-il d’un air perplexe, pris de court. Elle voulait peut être une clope ou du feu, mais il n'aimait pas qu'on le remarque comme ça...
-Ca t'intéresse?"
Elle lui fit entrevoir un sachet plein d'une herbe qui n'était sans doute pas du tabac.
-Non, merci », refusa-t-il avec un sourire moqueur, puis il tourna sans autre cérémonie le dos à la jeune fille.
Il était déjà assez drogué comme ça…

Il aimait bien son nouveau look, même si ça attirait vers lui une catégorie d'individus qu'il n'appréciait pas tellement... L'intérêt d'afficher un style aussi marqué venait de ce que nul ne trouvait étrange qu’il ait des cheveux blancs malgré sa jeunesse, on prenait ça pour une excentricité de plus. Seuls les yeux rouges posaient problème, il n’avait jamais pu se résoudre à les dissimuler sous des lentilles de contact.

L’instant où sa victime voyait ses pupilles de démon et comprenait soudain qu’elle était sous son emprise… Quel plaisir il trouvait à se moquer de tous ces imbéciles ! Il n’y avait rien d’amusant à massacrer un inconnu comme un vulgaire animal, ça gâchait le goût du sang. Non, la chasse était un jeu, et la victoire complète uniquement s’il profitait de ses proies dans tous les sens du terme. Ce regard qu’avaient les femmes lorsqu’il les mordait au milieu de l’acte ! La mort et l’amour réunis, voilà ce qu’il incarnait…

Un sourire étira légèrement se lèvres minces. Cette nuit, il allait tuer. Pas n’importe quelle femelle, non, une proie rare : une Rêveuse. Le lien qui l’unissait à elle s’était renforcé ce dernier mois. Il était devenu si puissant qu’il aurait pu la trouver les yeux fermés, juste en suivant ce fil ténu qui les reliait. Il fallait agir sans attendre, sans quoi cela deviendrait dangereux. Elle risquait d’en savoir trop. Pas de manières. Un bon vieux meurtre à l’ancienne, sans préavis, sans petit jeu sadique.

Son sang augmenterait le Pouvoir en lui. Une puissance nécessaire pour avoir une vie plus supportable : s’exposer au soleil pour vivre le jour, tuer sans difficultés, et échapper toujours à ces humains stupides…

Mais à vrai dire, ce n’était pas ce qui l’attirait. Il avait soif de pouvoir, sans autre raison. L’ivresse qu’il ressentait à être supérieur aux hommes, à les tromper par des tours qu’ils ne comprenaient même pas… Le plus drôle, c’était ça : même en mourant, ils ne réalisaient pas comment cela avait pu leur arriver ! Ces créatures craintives qui repoussaient la mort hors de leur vie, et ne concevaient pas combien elles étaient éphémères. Lui était éternel. Oui, pour ces pauvres humains, il était comme un dieu ! A moins de commettre une erreur ce soir. Mais là était tout l’intérêt du jeu : le risque.


Dernière édition par Eolk le Lun 26 Mai - 9:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 16:18

Face à face


Elle marchait à grands pas sur la route pavée, son écharpe virevoltant derrière elle. Elle était à bout. Il ne la lâchait pas d’une semelle, la perception se faisant toujours plus précise. Le rêve avait rejoint la réalité, et elle ressentait en permanence des émotions qui n’avaient rien à voir avec elle. Elle ne parvenait pas à faire le tri, et elle marchait, toujours plus vite, comme si elle avait pu le semer et retrouver son intimité. Elle aurait voulu crier « Sortez de ma tête ! ». Mais elle fuyait en silence, elle se hâtait vers son studio pour retrouver un espace à elle, où elle serait en sécurité.

Ce serait pire. Cela la frappa comme une évidence. Enfermée dans ce petit espace avec l’autre… Elle en deviendrait folle! Que faire ? Elle cessa d’avancer et resta figée, indécise, au milieu de la chaussée déserte. Les yeux la fixaient toujours. Quand elle fermait ses paupières, ils étaient encore là, elle les voyait dans son esprit!

Ca ne pouvait plus durer. Elle se retourna. Il n’y avait rien, rien qu’une route sombre qui serpentait entre les lampadaires. Pourtant, au cœur de ces ténèbres, elle le sentait.

Vague de jubilation lointaine.

« Je sais que tu es là », fit-elle à voix basse, comme une simple constatation.

Seul le silence nocturne lui répondit, les rumeurs de la ville endormie. Quelque part pourtant en son âme elle perçut un frémissement.

Appréhension confuse.

« Pourquoi tu me suis ?! Qu’est-ce que je t’ai fait ? »
La frustration explosait, plus forte que sa crainte.

Elle poussa un soupir découragé. Elle était vraiment en train de perdre la tête. C'est alors qu'elle l’aperçut. Il était là, il avait toujours été là. Debout dans le noir, face à elle. C’était un garçon d’une quinzaine d’années seulement, dont les traits encore enfantins contrastaient curieusement avec des cheveux de vieillard et des yeux rouges qui brillaient au fond de leurs orbites, soulignés de cernes noires.

Leurs regards se rencontrèrent, et soudain elle comprit. A cet instant, ce qu’elle recevait jusqu’alors par bribes lui parvint entier. Elle faisait face à un monstre. L’envie qu’il avait de la tuer, de transpercer sa peau de ses dents et de boire goulûment son sang jaillissant, elle la partagea. Un haut le cœur la saisit.

Elle su aussitôt qu’elle ne pourrait pas s’échapper. Malgré la peur qui s’emparait d’elle, elle planta son regard dans le sien et résolut de ne pas lâcher prise. Elle ne s’abaisserait pas au niveau d’un animal, à fuir, à hurler et à se débattre en perdant conscience de son humanité. Non, jusqu’au bout, elle resterait elle-même, elle garderait le contrôle.

Le lien qui l’unissait à cette chose modifiait peut-être ses sentiments, mais elle ne parvenait pas le haïr, même si en sachant qu’il allait la tuer. Il lui inspirait plutôt de la pitié : pauvre créature perdue dans ces haillons misérables, triste imitation d’être humain… Pourquoi restait-il immobile ? Qu’attendait-il ? Elle perçut alors un sentiment plus puissant que la faim qui le dévorait. Un désespoir muet et insondable.

La sueur coulait dans son dos malgré le froid ambiant. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. La pression était trop forte. Elle s’avança, digne, vers sa fin. Sans qu’elle s’en aperçoive, sa main rencontra son écharpe et la serra violemment, à s’en meurtrir les doigts. Le bruit de son sang lui bouillonnait dans les oreilles. Le sang… La vie tant qu’il circulait dans son corps… Qui bientôt emporterait son souffle entre les pavés poisseux. Elle serra les mâchoires et ferma les yeux pour ne plus contempler ce regard flamboyant. Sa volonté l’abandonnait. Sa respiration s’accéléra, de petits sanglots la traversèrent. Un léger courant d’air agita sa frange et fit courir, glacée, une larme le long de sa joue.

Elle rouvrit les yeux. Il avait disparu.


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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 16:25

Damnés


Le bruit de ses chaussures sur le béton, ou bien étaient-ce les battements de son cœur ? Ludwig courait de toutes ses forces, éperdu, pour mettre le plus de distance possible entre lui et elle. Mais pour aller où ? Il ralentit, puis s’arrêta totalement et se recroquevilla sur le perron d’un immeuble. Il frotta sa manche contre sa figure humide. Qu’est-ce qui lui prenait ? Etait-ce de la lâcheté ? Quand elle avait croisé son regard, son cœur s’était troublé. Que faire à présent ? Renoncer ? Non, pour rien au monde. Il trouverait une autre occasion.

Il ne s’aperçut du danger que quand il reçut un coup dans le ventre. La violence du choc l’envoya buter contre la porte où il resta plié en deux, le souffle court. Grimaçant de douleur, il essaya de distinguer son adversaire à travers les mèches qui lui barraient le front. Il sursauta lorsque celui-ci colla son visage tout contre le sien, un sourire cruel découvrant ses crocs, puis le saisit par le col et le souleva brutalement. Un jeune homme ? Non, un de ses semblables!

Un poing s’écrasa sur sa face, le type le lacha, il s’affala à genoux au sol, sonné. Mais avant que sa vision ne s’éclaircisse, un nouveau coup lui arracha un hochet de souffrance. Il n’y voyait plus rien, que des éclairs de douleur, insoutenables, à chaque instant plus forts.

Il sentait confusément le sang couler de son crâne, un filet tiède et collant. Son propre sang ! Les coups cessèrent, il gisait à terre, incapable de remuer, le corps entier transpercé d’une sourde brûlure. Le vampire s’accroupit à côté de lui, et il sentit sa langue lécher le sang qui coulait de la plaie. Il tenta d’échapper à ce contact répugnant, mais il parvint juste à se tordre au sol et à glapir de douleur.

« Pathétique… murmura d’une voix rauque l’agresseur à son oreille. Tu n’es mort que depuis peu, pas vrai ? »

Il ne répondit pas, il en aurait été incapable. Il tourna faiblement la tête pour regarder son bourreau. Ses traits se distinguaient par leur finesse, un profil androgyne, impression renforcée par ses cheveux d’une longueur exceptionnelle, coiffés en dread locks, qui descendaient en cascade jusqu’au sol. Ses yeux clairs paraissaient emplis d’une eau troublée de sang, et il ne put y lire que moquerie et méchanceté.

"Je pourrais te couper le bras, ou te briser la colonne vertébrale ?" proposa le vampire en souriant. "Tu n’en mourrais pas, tu ne guérirais pas non plus… Tu resterais mutilé à jamais... Séduisante perspective, non? Nous ne pouvons pas mourir, vois-tu." Il eut un rire glacé. "Mais tu n’es qu’un gosse… Je vais être gentil, je vais en rester là. J’espère que tu as compris : un seul de nous peut se faire la Rêveuse, et tu ne peux rien contre moi… Je n’ai même pas employé le Pouvoir !"

Il lécha le liquide qui courait sur son visage, puis se mit à suçoter les cheveux imbibés de sang coagulé. Ludwig ferma les yeux, impuissant, il avait envie de vomir. Enfin, l’autre s’écarta de lui et se leva. Il crut qu'il allait partir, mais il semblait lui réserver d'autres souffrances.

"Sais-tu comment nous sommes nés ?" l’interrogea le vampire. Il regardait le corps meurtri à ses pieds avec amusement, persuadé que ses paroles allaient le blesser plus profondément que les coups.
"Ce n’était pas une punition de Dieu. Non, Dieu n’est pour rien là dedans ! Nous ne sommes pas revenus sous cette forme pour expier nos péchés. Dieu n’existe pas. Ce sont les hommes qui nous ont fait ça, il y a bien longtemps... Ils ont joué avec des cadavres, et les ont ramenés à la vie, pour les servir… Ils voulaient des armes pensantes et immortelles!"
Sa voix montait dans les aigus. Son sourire cruel laissait transparaître haine et détresse.
"Ils sont morts aujourd’hui, mais nous sommes toujours là… Tu comprends maintenant?"
Il écarquilla ses yeux limpides.
"Nous vivons juste par le caprice de ces humains ! Ce n'est pas un pêché, ce n'est pas une punition... Nous n’avons aucune raison d’exister !"

Ludwig se demanda comment ce type l'avait découvert, depuis combien de temps il supportait cette demi-vie. Il avait toujours cru, même s’il s’était fait mordre, qu’il était coupable et avait mérité ce qui lui arrivait. Il avait tant de choses à se reprocher... Mais en fait c’était logique. Beaucoup plus de gens souffraient de son existence que lui même ne la payait. Ce type avait raison, ils n’avaient aucune raison d’être, ils n’étaient que des monstres. Pourtant, quelque part, il se sentit soulagé. L’autre était parti, le laissant en plan sur le trottoir. Il était libre.


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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 17:29

Affrontement


Elle se trouvait terriblement stupide. Il l’avait quittée, et pour la première fois elle avait l’esprit clair. Le lien n’était pas rompu, il se faisait tout petit dans sa tête. Mais il n’était plus à ses côtés, le regard avait disparu. Et elle se sentait seule.

Elle avait besoin de respirer l’air vif et de faire le point. Pas question de rentrer maintenant pour dormir. Elle reprit sa marche tranquille, plongée dans ses pensées. Elle avait tellement souhaité être libérée de sa présence, et à présent, il lui manquait ? Le coin de sa tête qu’elle partageait d’ordinaire avec lui semblait vide et froid. Elle s’était trompée sur son compte. Quel que soit le monstre qui l'habitait, il restait un être humain. Comment, alors qu’elle partageait sa conscience, avait-elle pu l’ignorer si longtemps ? Pourquoi le vent lui paraissait-il glacial, la nuit plus sombre, à présent qu’il n’était plus là ? Elle s’était mentie. Elle avait toujours su que ce n'était pas une illusion. Mais la réalité banale était tellement rassurante...

Il fallait découvrir la source des rêves. Instinctivement, elle sut comment s’y prendre. Elle ferma les yeux et imagina un point noir qui s’agrandit jusqu’à ce qu’elle passe à travers. Au plus profond des ténèbres, embrassant son âme comme un cocon de ver à soie, deux fils d’argent s’entremêlaient et s’échappaient de la prison accueillante de son esprit. Elle en prit un entre ses doigts. Il palpitait légèrement et diffusait une vive chaleur, comme lorsqu’on tend ses mains vers un foyer. Elle le reconnut, partagea ses émotions un court instant, puis le lâcha. C’était Ludwig. Elle se demanda à peine comment elle connaissait son nom. Quand on ne fait plus qu’un avec quelqu’un, comment ignorer son nom ?
Elle contempla un moment le deuxième fil. Elle se souvint de rêves plus rares, confus, obscurs aussi, qui remontaient à la surface de sa mémoire. La proximité de Ludwig avait dû saturer ses sens et lui cacher la présence de cet autre lien. Elle approcha une main hésitante. Autant l’âme de Ludwig lui donnait envie de la caresser, autant celle-ci la repoussait instinctivement. Elle était glacée, sombre comme une eau dont on ne voit pas le fond, d’apparence calme mais prête à vous happer. Elle finit par la pincer légèrement comme une corde de harpe. Le fil vibra et émit une note unique, pure, qui fit naître des larmes dans ses yeux clos sans qu’elle sache vraiment ce qui la rendait triste. En l'espace d'un instant, elle sut qui il était. Puis le son s’éteignit, avec lui l’harmonie de ce moment, et elle réalisa, horrifiée, ce qu’elle avait découvert.

Il voulait la tuer. Son envie de meurtre était si grande qu’elle sentit ses cheveux se hérisser. Pas uniquement la faim obsédante d’un animal, non. La volonté consciente de commettre un meurtre. Le plaisir malsain que seul un être humain peut tirer de la souffrance des autres. Et pire encore, il était tout proche. La chasse avait commencé. Pourquoi ses sens ne l'avaient-elle pas avertis de sa présence ? Elle n’était pas une simple proie ! Mais elle n’avait rien, rien pour se défendre. Elle ne pouvait rien faire.

Elle sortit de son esprit. Elle avait continué à marcher, guidée par son inconscient, et elle se retrouvait à longer le fleuve, sur les quais. Elle n’aurait pas pu choisir plus désert et sordide… Les péniches s’amarraient toutes sur l’autre rive, celle-ci n’était occupée que par des entrepôts trapus et des terrains vagues. Il n’y avait même pas de lampadaires… Seule la faible lueur de la lune qui transperçait par moments la lourde couverture des nuages irradiait la scène, accentuant les ombres sans vraiment dévoiler ce qu’elle éclairait. Le silence n’était rompu que par le bruit du vent et le clapotis de l’eau.

Il l’approcha sans se cacher, coupant la route qu’elle empruntait. Se retourner et courir jusqu’à être à bout de souffle ? Inutile, elle le savait. Elle demeura pétrifiée.

"Belle soirée, n’est-ce pas, jolie Rêveuse ?" lui lança le prédateur.
Il paraissait sorti d’un conte nordique, sa chevelure blanche flottant autour de lui comme un voile de mariée. Elle n’avait jamais vu un homme avec des cheveux aussi longs. Mais qu'importaient ses cheveux? Il fallait gagner du temps.

"Qui es-tu ?" demanda-elle d’une voix chevrotante, qu’elle se maudit de n'avoir pas mieux contrôlée. Elle connaissait déjà la réponse, mais rien de mieux ne lui était venu.

"Qui je suis ?" Il sourit. Il n'allait pas pouvoir s'empêcher de s'amuser un peu. "Qu’est-ce que ça peut te faire ? Je vais te tuer, tu sais ? Je vais t’égorger, et tu pousseras un cri qui, crois-en mon expérience, n’a rien à voir avec les piaillements que tu penses être des hurlements… Avec un tel programme, tu penses vraiment que c’est le moment de te soucier de mon identité ?"

Il portait sur elle un regard écoeurant de curiosité. S'il pensait l’impressionner avec ses menaces… Tout ce qu’il décrivait, elle l'avait vécu dans ses rêves! Ca n'avait pas suffit à la rendre folle à l'époque, elle n'allait pas craquer maintenant... Il ignorait donc qu'elle partageait ses fantasmes?
"Si tu me fais tout ça, autant que je sache qui me l’inflige…" répliqua-t-elle d’un air faussement détachée.

Un éclair d’intérêt traversa les yeux pâles du vampire. Sa vaine résistance rendait les choses plus savoureuses. Mais le doute s'insinuait de nouveau en lui. Il n'avait pas envie de répondre. Il en était incapable... Il leva son visage tête vers le ciel lugubre où les étoiles invisibles se cachaient derrière les nuages, avant de diriger son regard vers elle. Maintenant son sourire froid et figé, il déclara d’une voix mécanique:
"Je ne suis personne… Je n’ai pas de nom. Je vais te tuer."
Elle ne comprenait pas pourquoi il mentait. L'ignorait-il?
"C’est faux, affirma-t-elle. Tu t’appelles Hayden."

L’espace d’un instant, sa physionomie changea. Elle distingua dans ses yeux peur et douleur, comme si ses paroles l’avaient frappé. Puis il redevint maître de lui-même et se composa un masque qui la fit frémir : il avait décidé d’en finir. Tout d’un coup, elle ne le vit plus : le quai était désert. Elle prit une inspiration. Pouvait-il s'être enfui comme Ludwig?

Elle sentit son souffle sur son cou, et son murmure :
-Et bien, miss Je-sais-tout ? Tu fais moins la fière? »
Elle eut l’impression que son cœur tombait dans sa poitrine. Elle était à sa merci. Ce moment d’incertitude sembla s’étirer, elle priait pour quelques secondes de plus, quelques secondes de vie. Comme si ses sens s’étaient décuplés, chaque détail lui apparaissait distinctement. Une partie d’elle-même observa très calmement que les premiers flocons de neige passaient devant ses yeux. Ils étaient composés de cristaux dentelés tournoyant lentement sur eux même. C'était si beau... Ca valait le coup de lutter pour survivre, comme un animal. Elle se laissa tomber au sol, sentit les crocs humides lui effleurer la peau. Elle s’écarta d’une roulade pour s’éloigner. Il avait cessé de jouer. Son beau visage déformé par l’Appel s’ouvrait sur une bouche béante où luisaient des dents taillées en pointe, et de la salive écumait sur son menton. Il se précipita sur elle. Elle n’avait pas le temps de se redresser ! Elle recula sur ses coudes. Le vide derrière elle, courte chute, choc spongieux. Elle avait glissé dans un fossé où croupissait une eau douteuse. Le monstre se dressait à l’emplacement qu'elle occupait l’instant d’avant et, déstabilisé, il humait l'air la repérer. Elle essaya de s’éloigner discrètement en rampant, mais il l’entendit immédiatement. Il se jeta sur elle. Sa gueule se referma sur la chair exposée et l’arracha.
Elle sentit le poids d’un corps qui la couvrait, et la chaleur du sang qui imbibait ses vêtements. Elle ouvrit ses yeux pour se rendre compte qu’elle avait le nez dans la boue où elle était couchée. Péniblement, elle se retourna, pour faire face à une scène étrange. Ludwig s’interposait entre elle et Hayden. Son bras droit pendait à son côté, et… Il en manquait un morceau… Comme si… Comme si on l’avait dévoré… Elle parvint à grand-peine à se retenir de vomir et sentit des larmes de terreur ruisseler sur sa figure maculée de terre.

Le sang ruisselait le long de sa main. Dans l’autre, Ludwig serrait un couteau poisseux. Hayden se tenait le côté, une tache pourpre grandissant sur sa veste orangée. Le liquide sombre s’écoulait de sa bouche, et elle se demanda si c’était le sien ou celui de Ludwig.

Ce dernier tourna son visage contusionné vers elle. Sa peau couverte de sueur portait de grandes marques violacées et verdâtres, les parties épargnées étaient d’une pâleur maladive. Sa grimace dévoilait ses dents pointues tandis qu’il haletait bruyamment.

"Je ne peux rien faire, souffla-t-il d’une voix faible et hachée. Je n'ai pas de Pouvoir. Arrête de pleurer! Ecoute bien. Tu dois lui prendre sa vie."
"Je ne peux pas! s'écria-t-elle, paniquée. Je ne sais pas manier une arme, je n’ai jamais blessé personne !"


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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 17:47

Souvenir


Le prédateur, en dépit de sa cuisante blessure, souffrait bien davantage de l’Appel. Cette fille lui faisait envie. Il devait la tuer. Tout de suite ! Il essaya de passer la barrière formée par Ludwig qui, distrait, parlait à la proie. Ce dernier, affolé, agita sa lame en tous sens dans le vide, et parvint à repousser son attaque. Mais le vampire, bien qu’il s’en soit tiré avec une légère estafilade, ne faisait que tester sa défense. Ces adversaires n’étaient pas bien redoutables, il avait juste commis l’erreur de venir sans arme. Avec un peu de persévérance, il en viendrait à bout. Alors qu’il s’apprêtait à reprendre son assaut, la fille s’adressa à lui. La Bête se fichait éperdument du sens de ces mots ; seule comptait l’odeur acre du sang qui aiguisait son appétit. Mais ce qui restait d'humain en lui trembla en entendant ces paroles.

"Tu te nommes Hayden Regin, tu es mort il y a plus de trois cent ans…" La peur rendait la voix aigue. "Souviens-toi !"

Le nom résonna dans sa tête et fit taire les cris de la bête affamée. Hayden… Il retrouva le contrôle de lui-même. La douleur de son flanc gauche se fit plus aiguë, à présent que l’Appel ne l’aveuglait plus. Il était en danger! La blessure sapait ses forces, sensation inconnue de faiblesse. Il recula précipitamment, mais perdit l’équilibre et tomba assis. Quel ridicule, lui, ainsi terrorisé par une gamine...

Le néant se teintait d'images. Il ne voulait pas savoir ! Il essaya de se relever mais il avait sous-estimé la gravité de sa blessure et retomba au sol. Il fut saisi d’une violente quinte de toux, et vomit des caillots de sang. Il n’avait jamais ressentit la douleur avec une telle acuité, et alors qu’il levait les yeux sur Tyane, sa vision se troubla. Son corps prétendument éternel le lâchait... Si elle ramenait les souvenirs à la surface, il allait mourir…

Elle se concentra. Il fallait raconter le plus justement possible, pour transmettre le rêve qui défilait devant ses yeux.

"C’était une chaude nuit d’été, languide, où les corps en sueur se mêlaient entre les draps frais… Elle avait des cheveux noirs et épais dans lesquels tu aimais mettre ton visage…"
"Tais-toi… protesta-t-il d’une voix éraillée. Je ne veux pas m’en rappeler ! Je ne veux plus revivre tout ça !"
"Ses yeux avaient la couleur de l'azur, elle t’avait séduit en un regard… Tu aimais pour la première fois… "
"Je t’en prie ! Je ne veux pas mourir !"
"Sa peau sombre contre la tienne, douce comme du vélin… Soudain, le feu dans ta gorge, une fleur pourpre s’épanouissant sur le lit, la lumière rouge dans ses iris tandis qu’elle te regardait t’étouffer sans bouger, ses mots quand elle disparut : « Je t’aime… et je te maudis ! »"

Le goût métallique de son propre sang dans sa bouche… Pourquoi lui donnait-il des hauts le cœur quand celui des autres le faisait saliver ? Il sentait sa conscience s’affaiblir, mais les images éveillées par la rêveuse dansaient, vivantes, devant ses yeux. Elle s’appelait Sofia… Elle était son premier amour, il était sa première victime… Il ne fallait pas se souvenir du passé ! Il devait oublier ! La blessure était grave, s’il perdait son immortalité, il se viderait de son sang… Survivre, à tout prix ! A bout de forces, il maintint ouverts ses yeux brûlants. La Rêveuse s’était tue.
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Dim 25 Mai - 18:20

Neige


La neige tombait à gros flocons duveteux. Tyane regardait le vampire recroquevillé sur le sol, le cœur battant. Le soulagement qu’elle éprouvait à être provisoirement hors de danger le disputait avec l’angoisse à l’idée qu’il puisse mourir. Elle voulait pas devenir une meurtrière. Même d'un être aussi haïssable. Briser le lien, ce serait comme s'arracher une part d’elle-même. Mieux qu'eux mêmes, elle savait combien ils restaient humains... Et l’enfant vampire, qu’allait-il faire, à présent ? Elle se tourna vers lui.

"On dirait que grâce à toi je sais comment mettre les vôtres hors d’état de nuire… Attaque moi vite, avant que je te rende la pareille!"
Il serrait son bras blessé contre lui, et lui lança un long regard cerné de cendre.

"Même si une part de moi en meurt d’envie, je n'ai jamais voulu te tuer."
Elle écarquilla les yeux.
"Mais pourquoi m’avoir suivie tout ce temps ? Tu ne recherches pas le Pouvoir ?"

Il secoua ses cheveux collés et rougis de sang, poussa un soupir las et lui expliqua, les yeux baissés vers le sol:
"J’ai été mordu il y a quelque temps. Je ne peux pas résister à l’Appel du sang... Je deviens fou!"
Il tourna son visage meurtri vers elle et un sourire hésitant flotta sur ses lèvres.
"J'étais heureux pendant tout ce temps, et je ne m'en rendais même pas compte!"
Son regard se voila.
"Je ne suis plus humain. Peu à peu, j'oublis qui je suis... Qui j'étais."
Il releva son menton, inspira une bouffée d’air par à coups, puis reprit la parole d’une voix agressive, presque accusatrice.
"Le sourire de ma petite sœur… La caresse des bras de ma mère… Je sais que je les ai connus… Mais je ne m’en rappelle pas ! Même leurs visages s'effacent... Je ne veux pas de cette vie!"
Tyane s’approcha de lui maladroitement, hésita un instant, puis le serra contre elle.
"Là, là, tu n’es plus tout seul, je suis là… Je serai toujours là. Après tout, je partage tes rêves..."

Après quelques instants, ses larmes se tarirent et il reprit son discours. Il regarda Hayden pour s’assurer de son attention.
"Tu crois que les Rêveuses existent pour renforcer nos vains pouvoirs ? C’est le meurtre et la destruction qui rendent le monstre plus puissant. Moi, je crois que Tyane est liée à nous pour nous permettre de quitter cette vie misérable."
Il blottit son visage dans le creux de l’épaule de la jeune fille, et chuchota :
"S’il te plait… Raconte moi mon passé."

Elle le serra plus fort dans ses bras, cherchant ses mots pour le dissuader, le convaincre de renoncer... Mais avant qu’elle ait pu ouvrir la bouche, Hayden croassa:
"Tu veux donc crever ? Tu n'es qu’un gamin ! Comment un gosse peut-il renoncer à la vie après en avoir si peu profité ?"
Ludwig croisa son regard, ses yeux exprimaient toute sa résolution.
"Tu appelles ça en profiter?"
"Tu ne crains donc pas la mort ?"
Une sorte d’effroi transparaissait dans le ton du vampire.
"Bien sûr que si! Mais ça ne peut pas être pire qu’ici..." L'enfant ricana. "Tu imagines un enfer pire que ça?"

Hayden, épuisé, ferma ses paupières. Ainsi, la proie c'était lui, lorsqu'il poursuivait ces humains... Il fuyait la vie, il fuyait la mort...
Il allait survivre. Il l’espérait.
Quelque part c’était rassurant de se dire que quand il en aurait assez, il pourrait mettre fin à ses jours. Ca donnait de la valeur à cette vie qu’était la sienne, malgré les meurtres, malgré la solitude. Il avait le choix... Sofia... Elle était si belle.

Il sombra dans les ténèbres de l’inconscience.

"Tyane, s’il te plait…" murmura Ludwig.
Elle ravala ses protestations, et s’assit contre le parapet qui dominait le fleuve, le garçon dans ses bras, qui ne pesait rien du tout.
"Si je peux partir, c’est grâce à toi… lui avoua-t-il tout doucement. Près de toi, je n’ai plus peur..."
Alors, elle commença à conter ce qu’elle avait vu en rêve…
« Il était une fois un enfant nommé Ludwig Steïner… » Elle décrivit les moments de joie, ceux de détresse, les détails du quotidien, les petits instants de bonheur, les chagrins et les colères, les personnes rencontrées, les incompréhensions et les injustices aussi… Quand elle parvint au bout de son récit, la neige avait cessé de tomber. Elle formait un tapis épais qui absorbait tous les bruits. Elle se serait cru seule au monde.

Les nuages disparus, la lumière des étoiles faisait briller les flocons qui couvraient leurs cheveux. La vapeur issue de la bouche de Tyane semblait scintiller dans le clair de lune. Des lèvres blanches de Ludwig ne sortit aucun souffle. Son bras étendu dans la neige dissimulait un filet de sang qui courait, traçant une rigole dans la poudre cristalline, jusque dans le fleuve.

Tyane leva ses yeux secs vers le ciel.
Avait-elle trop éprouvé ce soir-là pour pouvoir verser de nouvelles larmes ? La nuit était claire et lui sembla plus belle que jamais.
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Mer 4 Juin - 13:32

"remplacé par la bête. Et la créature qui oscillait en silence d’avant en arrière, déjà certaine de sa victoire, tenait plus de la bête que de l’homme"
"même si en sachant qu’il allait la tuer"
"L’autre était parti, le laissant en plan sur le trottoir" Ca, j'kiff ca fait trop naturel...
"il humait l'air la repérer"

"Je ne peux pas! s'écria-t-elle, paniquée. Je ne sais pas manier une arme, je n’ai jamais blessé personne !"
Nan, elle peut pas avoir un cas d'conscience à c'moment là. Et elle peut pas crier une longue phrase comme ça, mon pote. Le doute peut l'effleuré, une seconde, mais elle va le tuer c'est certain. Une fille normal, elle entend "tu dois lui prendre sa vie" dis par un vampire dans cette situation, elle le tue cash pas d'cas d'conscience.

Scenaristiquement le problème, c'est qu'c'est trop facile. Tu prends l'mythe du vampire mais t'en prends que les bons atouts, tu changes leur histoire, tu changes la manière de les tuer et ça t'permet de faire vraiment du propre, quoi. Chais pas si c'est clair ce que j'raconte mais j'te jure qu'c'est trop propre pour une histoire de vampire. Regarde même Dracula se finit par une décapitation.
Sinon, les changements de points de vue c'est bien foutu, et, mon pote, t'as d'l'endurance, t'as réussi à bâtir tout une histoire et j'aimerais bien un jour réussir aussi...

Bon sur ce, j'tayo...

Ps : Hey, euh, les trucs genre : " Que faire ?" sans déconner, je sais pas si c'est voulu mais ça fait grave ironique...
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Mer 4 Juin - 15:17

Merci pour la critique!
Alors heu...

-Pour la réplique pas naturelle:
C'est vrai j'avoue je savais pas trop quoi caser là. Enfin plus exactement, elle ne peut tout simplement pas le tuer, physiquement, elle fait pas le poids, et en plus les vampires sont immortels (sauf....). A la place, je mets une espèce d'interdit moral et c'est vrai que ça manque de réalisme ^^
Ptêtre que j'aurai dû lui faire dire quelque chose genre "comment?" mais j'y crois pas trop non plus u_u en fait elle est trop paumée à ce moment là, le mieux serait qu'elle dise rien et qu'elle se laisse guider... Ou qu'elle panique... En fait la deuxième phrase est totalement superflue, le mieux serait peut être de laisser "je peux pas" et de laisser au lecteur le choix d'imaginer pourquoi... Parce qu'en fait elle ne peut pas pour plein de raisons... D'ailleurs ce que tu dis est vrai puisqu'une fois qu'elle sait comment faire, elle n'hésite pas à le faire... Cela dit je suis d'accord sur le point que si on lui met un couteau dans la main et que l'autre l'attaque elle se défendra instinctivement... Mais si on lui dit "tue le!" elle est obligée d'assumer ce qu'elle fait et donc le tabou moral existe... Je dis pas qu'elle va pas passer outre, mais y a forcément une résistance vu son caractère et le fait qu'elle ne l'a jamais fait... Je pense pas que tuer soit si facile quand ce n'est pas qu'un réflexe.
Mais bon, de toute façon, on comprend pas trop comment elle trouve le temps d'articuler tout ça ^^

-Sur l'ensemble du scénar:
Oui donc en gros tu trouves ça trop clean... Heu... J'avais pas envie de mettre de violence juste pour en mettre... C'est pas ça qui m'intéressait dans le mythe du vampire. A vrai dire, j'aime bien le côté torturé, malédiction que peut représenter l'immortalité, mise en avant de la partie cruelle de l'homme... C'est un thème séduisant. Mais je trouve en même temps le thème extrèmement cliché. Et les flots d'hémoglobine n'y changent pas grand chose... En plus c'est le genre de chose qu'il vaut parfois mieux laisser à l'imagination du lecteur, comme quand Ludwig attaque un passant dans une ruelle: on s'arrête juste avant pas seulement par pudeur, mais parce que c'est le paroxysme de tension dramatique, et que décrire l'action en elle même n'apporte rien de plus. A vrai dire, je me suis pas du tout posé la question en écrivant. C'est pas un parti pris conscient. C'était plus pour éviter des scènes qu'on a déjà vu cent mille fois et bien mieux écrites que je ne saurai le faire...
Tu me diras, pourquoi la Rêveuse n'a pas le pouvoir de les tuer tout court, de n'importe quelle manière, on conserve le côté "porte de sortie/suicide" et on apporte un peu de violence... A vrai dire, tout repose sur la mémoire: l'oubli progressif et la métamorphose en bête sont liés. Retrouver les souvenirs retire, momentanément au moins, son invulnérabilité au vampire. Du coup, c'est de sa blessure au flanc que Hayden risque de mourir, et Ludwig meurt par hémorragie... Ce ne sont pas les paroles uniquement qui les tuent.
En fait, leurs souvenirs sont toujours en eux, mais ils n'y ont pas accès. C'est dans leurs rêves que ces souvenirs transparaissent, or ils sont incapables de s'en rappeller, ils n'ont même pas conscience qu'ils rêvent. D'ailleurs ça me rappelle que je voulais le signaler quelque part et que j'ai oublié... De par le lien, c'est la Rêveuse qui fait leurs rêves à leur place.
Les Rêveuses, car elle n'est pas la seule à exister, sont des sources de pouvoir pour les vampires... Ce qui leur permet de survivre à peu près correctement, de supporter la lumière, d'avoir des capacités surhumaines... Du coup les vampires recherchent les Rêveuses pour boire leur sang... Mais elles sont en même temps les seules proies dangereuses pour eux puisqu'elles ont le pouvoir de leur retirer leur immortalité. Il faut donc les tuer avant qu'elles n'en prennent conscience... Elles sont donc à la fois très vulnérables (les vampires à qui elles sont liées savent où elles sont en permanence, elle ne peuvent pas leur échapper...) mais redoutables lorsqu'elles connaissent leur pouvoir. En clair les Rêveuses sont une interprétations des classiques chasseuses de vampires... On peut donc lire ça comme une guerre vampires/rêveuses, mais il y a aussi la lecture de Ludwig, pour lequel les Rêveuses sont le secours des vampires qui n'ont d'autre moyen de mourir et échapper à l'existence atroce qu'ils mènent... (joyeux tout ça...)
Tout ça n'est pas clair dans l'histoire. C'est un problème récurrent, j'explicite trop certaines choses mais le plus intéressant n'est pas assez compréhensible.
Enfin, tout ça pour dire que c'est une interprétation personnelle du mythe du vampire, qui repose sur des principes particuliers... Dont le but n'était pas de faire quelque chose de trop propre. A vrai dire je trouve pas ça si propre: Ludwig se fait passer à tabac par Hayden, et ils s'entretuent joyeusement à la fin...

Ah! Et je suis une fille! ^^
Pour moi ça a été plus une difficulté qu'autre chose de batir ça sur autre chose que des clichés... Après c'est loin de me satisfaire... Peut être que je ferai une suite un jour, pour développer les points intéressants? Ca se rapprochera plus d'une histoire de vampires classique en ce cas, parce que là tout est fondé sur le mystère... Donc je tiendrais peut être compte de tes envies de trucs moins propres :p
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Mer 4 Juin - 15:26

Ouais mais regarde, genre changer les methodes d'execution, effectivement sa te donne une certaine poésie sur la fin mais au final on est dupé. On s'dit hmmm sa fleure bon le happy end alors que ça n'est pas forcément plausible.
J'veux dire Hayden tabasse Ludwig et il lui dit: "Je n'ai même pas utilisé le pouvoir" ou quelque chose d'approchant.
Pourtant Ludwig revient a la charge a la fin et ensemble avec l'autre gentille parce que mine de rien les persos sont taillés comme ça, ils battent le méchant qui n'est en fait pas si méchant.
C'est trop facile.

Et excuse si j'm'etends, chui tres bavard et ça fait du bien d'parler sur un texte.

Ps : cherche pas à faire du moins propre, c'est ton style et j'comprends puis t'manière rien n'est vraiment assez sale à mon gout et comme tu l'dis une affaire de vampire en a pas forcément besoin.
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Mer 4 Juin - 15:59

Pas de souci, moi aussi j'aime bien discuter!
C'est vrai que c'est peut être un peu trop "tout le monde gentil en fin de compte". Hayden n'utilise au final pas ses pouvoirs...
C'est l'intervention de Ludwig qui le prend par surprise: il ne pouvait imaginer qu'il défende la Rêveuse, puisqu'il pense que comme lui Ludwig veut la tuer. Il se prend alors une blessure qui aurait été mortelle s'il était humain... A ce moment là il a déjà perdu une part de ses pouvoirs. Tout se joue quand Tyane prononce son nom. Il aurait dû en finir vite comme il l'avait prévu au départ...
Il est ensuite (une fois blessé) assez faible pour que Ludwig parvienne à le repousser le temps que Tyane ravive sa mémoire suffisament pour que sa blessure en vienne à bout... Il est réellement en danger à ce moment mais trop dominé par l'Appel pour en être conscient... Et une fois qu'il s'en rend compte c'est déjà trop tard...
Ca fait surement beaucoup de "coups de chance" ^^ mais il y a une erreur de sa part à l'origine... Enfin tu as surement raison, ce combat est surement trop facile.
Tyane est trop gentille, j'en conviens... Après, je conçois pas vraiment ça comme un happy end vu que Ludwig meurt, et à l'origine il était sensé être le centre de l'histoire... Pour que le happy end soit complet, il aurait fallu que Tyane et Ludwig battent Hayden, le tue éventuellement, et s'en tirent à bon compte... En fait pour rendre ça plus tragique faudrait que Tyane s'en sorte plus mal...
Je vois pas trop la fin Hayden tue Tyane parce que ça retire les principaux ressorts de mon scénar ^^'
Moi, avec le recul, j'ai du mal avec les personnages... Ils sont à peine esquissés, donc très stéréotypés...
Mmm je pense qu'il est difficile d'échapper aux grosses ficelles qui sont imprimées dans notre inconscient... J'essaye de faire quelque chose et c'est une autre qui ressort.
Après, c'est sur que le réalisme est rarement là...
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Mr. Spatula
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Jeu 5 Juin - 4:56

Dommage, que tu aies raté le dernier concours, ça aurait été drôle.
Les happy end, ça déçoit souvent les gens, même les pas très happy, comme dans Crimes et Chatiments, en vrai j'étais déçu, pour ton histoire, je trouve pas que ça gène.
Et puis les héros sont toujours stéréotypés dans une histoire courte.
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Eolk
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Jeu 5 Juin - 13:16

Arf oui j'ai vu -_-" mais j'ai le bac en ce moment à réviser et j'ai pas le temps...
Hé hé les grands arrivent à suggérer une personnalité complexe en quelques mots... Mais bon, on fait ce qu'on peut! ^^
De toute façon je crois que les fins sont souvent sujettes à déception... Si vous voulez réécrire la fin de mon histoire, je vous donne carte blanche! On pourrait ensuite proposer les différentes versions...
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Mr. Spatula
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Ven 6 Juin - 0:05

Ah non, pas du tout, c'était pas une critique, et puis les grands en quelques mots bof, les vrais personnages complexes ils se développent en vingt lignes, enfin, au moins tout ceux à qui j'pense.

Tu visais qui comme Grand et comme héros de roman ?
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RaZoR
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MessageSujet: Re: Nuit d'hiver   Ven 6 Juin - 15:18

Ce serait pas bien d'réécrire l texte de quelqu'un, enfin chais pas j'trouve ça... irrespectueux. Hey, scusez-moi j'vais lire les autres trucs avec "new" qui clignote dessus.
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