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 [3ème] Miroir

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Aklina
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MessageSujet: [3ème] Miroir   Dim 20 Avr - 19:58

Nina boutonna son chemisier aux ¾ et retourna enfiler sa jupe prête depuis la veille sur le dossier de la chaise. Derrière elle le miroir. Nina savait très bien ce qu’il avait à lui dire et pour cette simple et unique raison elle l’ignora.


Elle n’avait plus 15 ans mais 30, et elle n‘en n‘aurait plus jamais 15. Et bien qu’elle soit autrement plus attirante que 15 ans plus tôt, la voix persiflante lui soufflait toujours la même litanie. Et de toute façon ce n’est pas la laideur qui fait la vieillesse si elle était un crapaud de 15 ans tout aurait été parfait, là n’était pas le problème. S’il lui restait un miroir dans ce minuscule appartement ce n’était que pour essayer les vêtements fraîchement reçus par colissimo. Se voir était à la limite de la torture mentale, mais se voir en public dans la cabine d’essayage d’un grand magasin de fringue approchait du suicide psychique.

L’idée de ne pas rajeunir chaque année, pire, de vieillir un peu plus chaque seconde lui faisait perdre la tête. L’angoisse lui retournait les tripes. Une peur bleue de tout ce qui pourrait la rapprocher de la fin, lui montrer qu’elle avançait - c’est pour ça qu’elle vivait toujours dans ce petit F1 qu’elle louait depuis 11 ans, la même déco, les mêmes odeurs et la même trouille pas possible de ce foutu avenir. Et surtout, surtout, sans enfant, se voir vieillir au fil de ces anniversaires était définitivement une chose au dessus de ses forces.

Sans s’en rendre compte Nina venait de passer ½ heure devant sa penderie, une paire de botte à la main. Sur le lit une boule de poil ronronnait en l’observant assise par terre.

Dans la rue elle avait appris à éviter les passages piéton sur lesquels elle ferait face à une vitrine lui renvoyant son image. Au fil des années c’était devenu un réflexe. Et une nécessité avec les ans qui passent. Au moment de son emménagement, 19 ans n’était pas encore bien vieux pour elle, mais passé la vingtaine de petites crises d’angoisses s’étaient présentées à elle de ci de là, de façon encore très éparse. Il aura fallu qu’elle atteigne 25 ans pour que son angoisse commence à planter la tente. Elle avait très nettement senti les sardines s’enfoncer dans son capital santé mentale, et maintenant l’installation était finie, du moins elle l’espérer. Nina vivait au quotidien avec elle.

Rien ne venait chambouler le déroulement de ses journées, le problème était peut-être là. Un grand truc pourrait p’t’être lui arriver un de ces jours. Un truc qui change tout. Elle en rêvait parfois. Et désespérait que ça arrive un jour. Son boulot lui plaisait à peine, juste pour le salaire. Confortable. En rentrant elle passait toujours pars les mêmes rues. Agréables pour la plupart.

A y regarder de plus près, sa vie ne ressemblait à rien. Nina ne pouvait ni changer d’appartement au risque de devenir folle à se dire qu’elle n’était plus dans son « studio » d’étudiante, et que donc elle n’était plus une étudiante… ni vivre indéfiniment ici. Se lever tout les matin devenait de plus en plus difficile , son travail lui plaisant de moins en moins, son salaire n’étant absolument pas mis à profit. Et en plus elle n‘avait aucune amie, voir les autres vieillir c‘était un peu se voir mourir. Vraiment pas enviable comme vie, il fallait que tout change et de toute urgence.




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Emaneth
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Lun 21 Avr - 16:33

A en croire le soleil, il était déjà midi lorsque ses rayons s'infiltrèrent par les minces interstices des stores. Une boule de fourrure miaulait derrière la porte, attendant son repas avec une impatience folle. A cette heure-ci, d'habitude, Nina se laissait porter par le train de la vie, se calant confortablement dans les rails qui menaient droit à sa cuisine aussi vide que son existence. Là bas, elle y réchauffait des plats tout préparé, des mixtures immondes qu'elle seule pouvait apprécier dans sa solitude. Lors de son emménagement, lorsque sa mère venait encore chaque semaine l'aider à faire le ménage et les courses, elle n'avait pas à se soucier d'autant de responsabilités. Aujourd'hui, elle avait laissé sa fille mener seule sa vie, suivre des voies nouvelles et inconnues, effrayantes et ténébreuses.

Son téléphone portable vibra, remuant sur la table de chevet comme une puce surexcitée. Levant une tête ébouriffée hors de l'édredon, elle dévisagea l'appareil dont l'écran affichait un nombre incalculable d'appels en absence, de SMS non lus et de messages sur le répondeur. Nina ne prit pas le temps de les consulter, elle les effaça d'un coups d'un seul, sans vraiment faire attention à qui voulait la contacter si urgemment. Après tout, beaucoup d'homme essayait de la séduire, de l'attirer dans leurs bras pour une nuit, ou pour un bout de chemin vers l'éternité, mais... les individus de l'autre sexe ne lui convenaient pas. -Après tout, ceux du même sexe non plus !- Elle ne s'appréciait pas et ne pouvait pas croire qu'on l'appréciait. Elle était laide. Point final. Personne ne pourrait jamais atténuer ce sentiment maladif.

Gipsy miaulait toujours derrière la porte. Pendant un instant, il avait filé à la cuisine pour fouiller dans les tiroirs entre-ouverts et placard remplis de boites, mais il s'était vite rendu compte de son incapacité à percer les conserves de pâtés pour chat et était revenu se plaindre.

Nina sortit du lit, enfilant une robe de chambre froissée qui trainait par terre. Lorsqu'elle ouvrit la porte, Gipsy la dévisageait de ses grands yeux noirs. Aussi fin que félin, il aurait très bien pu se glisser sous la porte si seulement sa tête n'était pas si épaisse. Nina le surnommait "Fil de fer". Elle savait bien que s'était en partie de sa faute si ce chat ne grossissait pas, mais elle ne voulait pas se l'avouer complètement. D'ailleurs, elle ne s'avouait pratiquement rien. Elle restait cloitrée sur elle-même, dans son monde intérieure, dans son univers lacuneux.


Dans la cuisine elle attrapa une cuillère dont elle se servit pour ouvrir une boite de conserve. L'odeur écoeurante de la pâté pour chat lui emplit les narines. Elle réfréna une grimace, puis retourna le contenu dans une petite assiette. Gipsy sauta sur la table et dévora de bon coeur cette nourriture tant attendue. Nina fixa le vide, puis la fenêtre, puis le vide,... Elle souffla. Le calendrier indiquait Samedi 26 Avril 2008. Un jour tranquille comme tant d'autre.

Un évènement sonnait à la porte. Le facteur. Dans ses bras un colis, tout de papier craft et de cordes vêtu. Une écriture inconnue, une série de timbres venus d'ailleurs. Sur la tranche, de grosse lettre indiquait : FRAGILE. Nina signa le reçu et déposa inquiète, le colis dans la cuisine, là où quelques instant plutôt, Gispy dévorait, affamé, sa pitance.

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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Ven 2 Mai - 10:50

Fragile hein ?
le genre dont on pouvait presque se débrasser par inadvertance...
Elle hésitait un peu à vrai dire.
Alors quoi ?
Un petit saut dans l'excitant "inconnu" qu'elle appellait aurant qu'elle maudissait ?
Le chat ne semblait guère prêter attention au colis, lui.
Elle soupira.
la ficelle tombait par lambeaux au pied de son corps tremblant.
Combien de temps qu'elle n'avait pas éprouvé ce sentiment ?
Ce déchirement qui la prenait aux trippes.
Il faisait mal.
Elel ne s'y serait pas attendue.
le papier s'enlevait plus facilement qu'elle l'aurait cru.
Dommage.
laissant ses mains agir machinalement, son regard erra sur la pendule.
Regarder le temps fuir avec sa jeunesse, était ce préférable à l'inconnu ?
Et poruquoi faire tout une psychose pour un simple carton ?
Ses yeux tombèrent lentement sur le colis.
Une lettre.
Et un cadre.
Un stupide et tout simple cadre.
Elle n'osait regarder ce qu'il encadrait.
Quelle monstruosité sur photo se trouvait en son sein ?
Pourquoi ne pas commencer par la lettre ?
Ou tout jeter ?

Sa respiraiton s'emballa.

Lentement, ses deux pupilles remontèrent sur l'encadré couleur bois. Elle.
C'était Elle même en photo dans ce cadre.
Elle s'y serait presque attendue.
Elel semblait si sereine.
Mais le chat, lui, percevait bien les vibrations qui remontaient lentement le long de sa colone.
Une vertebre aprés l'autre, trandis que tout éteincelle de raison quittait ses jolis yeux.

Il émit un petit miaulement inquiet.
Elle ne le perçus même pas.

Un râle s'emballait lentement dans sa gorge, et un air effrayé se peignait à mesure que l'image s'imprimait sur sa rétine.
Encore et encore.
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Amnesy
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Lun 12 Mai - 20:26

Puis elle reprit le papier craft tombé à terre et regarda les timbres venus d’ailleurs. Et l’écriture, à nouveau. Elle ne la reconnaissait toujours pas. Les timbres n’indiquaient pas clairement le pays de provenance.
Nina ramassa le tout ainsi que les cordes, et les jeta à la poubelle. Elle regarda son chat, le prit dans ses bras et le serra contre elle. Elle avait besoin de son réconfort, de sa chaleur. Gipsy lui lécha le visage en ronronnant.

- Mon Gipsy… murmura Nina.


Elle le reposa doucement sur le sol. Son cœur était las, il battait faiblement. Sa peau avait retrouvé son aspect lisse, elle n’était plus jalonnée de petites montagnes. Nina retourna vers le cadre, le saisit, et le posa face contre terre sur sa table de chevet. Une longue après-midi s’étalait devant elle, et pour une fois quand elle ne travaillait pas, elle ne voulait pas la passer chez elle.
Elle se décida donc à sortir.

Peut-être était-ce la vue du cadre, ce présent empoisonné qui l’avait décidée, ou bien la vision de sa personne sur la photo. Dans tous les cas, Nina mettait un pied dehors et était éblouie aussitôt par un soleil radieux. Son ventre gargouilla, alors qu’elle avait encore en tête le déjeuner qu’elle avait mangé. Surprise, elle eut envie de se faire plaisir, et se dirigea vers un stand de restauration rapide. Elle acheta un cornet de frites et une glace au chocolat.

- Est-ce comme ça qu’on reste jeune? En mangeant « jeune »? se demanda-t-elle tristement, en s’asseyant sur un banc.

Mais elle mangea néanmoins de bon appétit, et cela lui remonta le moral. Un petit peu.

Par la suite, elle erra dans le parc, évitant de regarder les jeunes autour d’elle, et les femmes de son âge visiblement très épanouies. Elle regardait tellement ses pieds, qu’elle se heurta à quelqu’un.

- Oh! Excusez-moi! Dit-elle vivement, en relevant les yeux.
- Ce n’est rien, lui répondit une voix masculine.

Nina rougit.

- Qu’il est beau! Pensa-t-elle d’un coup.

Puis elle eut honte et rougit d’autant plus. L’homme en face d’elle souriait, d’un sourire parfait. Ils restaient l’un en face de l’autre, immobiles, sans rien dire d’autre. Enfin, il lui demanda si elle voulait faire un bout de chemin avec lui, dans le parc. Balbutiant, elle accepta.
Ils passèrent une petite heure ensemble. Il lui parla de lui, s’intéressa beaucoup à elle, lui posait pas mal de questions. Nina, gênée, ne répondit que par des bribes de phrases, et ne voulait pas étaler son problème qu’elle avait avec son âge. Quand il lui demanda quel était-il, elle piqua un fard sans répondre. Il ajouta que lui avait 35 ans. Nina le regarda, étonnée. 35 ans, lui? Il était si beau. Passé 30 ans, pouvait-on encore avoir un avenir? Elle se dit qu’elle exagérait sur ce coup-là. Lui avait un avenir, mais pas elle.
Quand vint le moment de se quitter, il lui demanda son numéro de téléphone. Tremblante, elle le lui donna, il la remercia en lui promettant de l’appeler. Elle se dit qu’il ne le ferait jamais, et repartit chez elle, toute déboussolée.

- Ca m’a réussi de sortir dis donc! Pensa-t-elle en fermant la porte de son appartement.

Son esprit revint immédiatement au cadre et à la photo. Elle alla jusque dans sa chambre, s’assit au bord de son lit, puis finit par s’allonger et s’endormir. Elle se réveilla quelques heures plus tard, et se rassit sur le bord. Elle saisit le cadre et le retourna, se forçant à regarder sa photo.

Puis elle soupira, et se rendormit.
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Lun 26 Mai - 0:59

Une vibration sur le bois.
Lentement, sa conscience remonta à la surface.
Elle avait connu réveil plus doux.
Son regard erra un instant.
Elle frissona.
Elle était vraiment comme..."ça" à l'époque ?
Nouvelle vibration.
Un soupir.
Sa vue s'éclairciçait.
Son abattement suivait.

Encore une.

Elle choisit de s'en détourner.
Encore une fois.

Elle tourna doucement la tête.
Le plafond blanc dans la pénombre. Les murs immaculés. La table de chevet de bois clair.
Le téléphone allumé.

Elle frissona.
Une boule remonta le long de sa gorge.
Trop familière peut être.

Nouveau frisson.
Plus violent. Plus froid.

Elle hésitait à présent.
Elle laissait son regard errer dans le vague. Il fallait se donner du temps.
Il tomba den ouveaux sur le cadre. Quelques centimètres plus bas.
La photographie.
Une larme lui vrilla la paupière.
Compulsivement, elle se saisit du portable.
Il ne resterait probablement plus longtemps avant que son interlocuteur ne se lasse...

Du nouveau hein ?
C'était de ça qu'elle avait envie ?

Son doigt glissa sur la touche verte. Elle brillait légèrement.

Grave et profonde.
Une voix masculine.
Une voix qu'elle commençait à connaître.

"-je vous dérange ?"

Elle hésitait toujours.
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RaZoR
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Lun 26 Mai - 20:37

Sa conscience émergea des bulles d'éther à la vitesse de la lumière. Et pourtant tout ce qu'elle réussit à articuler fût un " Hmmm ? " semi-intrigué. L'homme reprit :
- Ô, excusez-moi de vous avoir réveiller. Je savais bien qu'i...
- Ne vous en faîtes pas, j'ai un ami en métal qui fait ça tout les matins, bien que lui attende au moins l'heure à laquelle je dois me préparer pour aller travailler, répondit-elle en rougissant.
- Sympathique comme ami...
- Une vraie torture mais ça va, le reste du temps il n'est pas bruyant.
L'homme s'en alla d'un petit rire.
- Je crois connaître son frère.
- Malheureusement on en connaît tous au moins un. Pourquoi appelliez-vous ?
Il ne répondit pas et, dans son lit à lui, caressa tendrement les oreillers avant d'ajouter :
- Envie de parler, en allumant une cigarette.
- Je connais ça.
- En fait, je regardais une émission sur les léopards de mer et... Vous voulez savoir la vérité ? Je savais même pas qu'ces bestioles existaient. Le Seigneur des Glaces, ils l'appellent.
- Qui ?
- Les scientifiques, répondit-il d'une traite. Après tout, eux mis à part qui connaît vraiment cette bête ?
- Vous et tout les pauvres insomniaques ayant partagé votre solitude nocturne par le biais de leur antenne.
- Vrai.
- Je sais, ajouta-t-elle en enfournant une cuillérée de Special K dans sa bouche.
Durant le court laps de temps que lui avait donné la conversation, elle avait enfilé une robe de chambre, s'était faufilé dans la cuisine pour nourrir le chat et se rassasier elle, accessoirement.
- Tu sais ce qui est vraiment dérangeant ? demanda-t-il soudain.
...
- Cette manie que tu as de me vouvoyer.
...
- Nan, très sincèrement, j'ai l'impression de parler avec une parfaite inconnue et même si je pourrais effectivement continuer pendant des heures comme ça, eh bien, quitte à vouvoyer quelqu'un autant appeller ma grand-mère, tu crois pas ?
- C'est vraiment à cause du vouvoiement ?
- Quoi ?
- C'est vraiment le vouvoiement qui te dérange ? Ou bien le fait que tu aies soudain eût l'envie de m'appeller parce que tu regardais une émission sur les phoques ?
- Mais ça n'a rien à voir, lança-t-il en éclatant de rire. J'avais envie de te parler, c'est si difficile à croire que ça ? Enfin tu vas pas m'dire qu'aucun sombre inconnu ne t'as jamais appellé à quatres heures du matin en espérant pouvoir te parler. Allons, tu ne me feras jamais croire ça.
Ce fût à son tour à elle d'esquisser un sourire. Puis machinalement, elle saisit son bol et commença à le rincer, coinçant le téléphone entre son épaule gauche et son oreille.
- D'accord j'te l'avoues, j'ai reçu trois appels cette nuit et tu es le seul à qui j'ai daignée répondre.
- Tu m'fais trop d'honneur...
- Peut-être que tu le vaux.
Le bol atterrit avec un bruit étrange au côté de la cuillère. Dans le fond de l'évier, l'eau se vidait. Tranquillement... Tranquillement aussi, elle parcourut le salon, à la rencontre de sa chambre, discernant au passage, par une fenêtre, un crachas tourbillonant dans le vent avant de continuer sa chute.
- Ksss, Christophe...
- Merci, lança-t-il au même moment la voix au bout du fil, dans un autre monde.
- Qu'est-ce que tu disais ? demanda-t-elle.
- Non, rien. Enfin bref, je suppose que je dois te laisser te préparer donc... Bonne journée.
- Bonne journée, répondit-elle.
Le bip de la touche " raccrocher " résonna longtemps dans le vide de l'appartement.

***

Nina quitta son appartement, vêtue d'un tailleur bleu, une pile de dossier posé sur son corsage et un sac cloué sous son bras. Une fois sortie de l'immeuble, elle extirpa un sandwich envellopé d'aluminium des entrailles qu'elle coinça tendrement en le bras et l'épaule du clochard ronflant paisiblement sous le porche du batiment cinq.
Le soleil était beau là-haut dans le ciel et au cinquième étage de son immeuble, un étage au dessus de chez elle pour être précis, Christophe alluma son dernier joint avant de s'endormir, arrosant allègrement de crachat le parterre de gazon en contrebas.
- Tu crois que le monde est parfait, Nina ?
Elle se retourna, le clochard ronflait toujours lorsque, faisant demi-tour, elle se dit enfin qu'elle était folle. Mais qu'en avait-elle à foutre ? La journée était belle...
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Amnesy
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Ven 30 Mai - 13:00

Arrivée enfin à son travail, elle posa ses dossiers sur son bureau, mis son casque sur sa tête pour répondre aux clients en ayant les mains libres, et alluma son ordinateur.
Elle soupira. Non, ce n'était pas elle qui était folle, elle était juste un peu névrosée, avait quelques soucis avec elle-même, mais c'était Christophe qui était fou. Fou peut-être à cause de tout ce qu'il prenait, mais il fallait quand même avouer qu'un homme qui passe ses journées à cracher par la fenêtre n'était pas très clair... C'était pour cette raison, entre autre, qu'elle voulait garder ses distances avec lui, et le vouvoiement avait été une bonne solution.

Jusqu'à ce matin.

Christophe voulait plus d'elle, apparement, mais elle ne savait pas trop ce qu'il voulait exactement. Il la rebutait de par son apparence, trop bourrue, trop hostile, et de par sa mentalité. Il y avait quelque chose dans ses pensées qui la dérangeait.
Ses doigts courraient à présent sur les touches de l'ordinateur, tandis qu'elle lisait des pages et des pages. Elle essayait de se concentrer, mais c'était difficile, ses pensées retournaient constamment vers Christophe et son mystérieux coup de fil.
Puis le quotidien prit le dessus, comme d'habitude, et elle l'oublia.

Momentanément.

Son téléphone portable sonna, vers midi. Elle décrocha machinalement, entre deux bouchées de salade composée, toujours assise à son bureau. Elle n'aimait pas manger avec les autres.

- Bonjour Nina!

Elle dégluttit de travers et manqua de s'étouffer.

- Vous vous souvenez de moi? On s'est rencontré au parc!
- Oui... Excusez-moi, oui je me souviens de vous.
- Je ne vous dérange pas?
- Non pas du tout. Je déjeunais à mon bureau.
- Bon appétit! Si vous le souhaitez je peux vous rappeler ce soir... Pour vous laissez manger tranquillement! Même si ce soir ça ne m'arrange pas trop.
- Pourquoi vous proposez alors?
- Parce que ça m'importe de ne pas vous importuner.
- Que de manières...
- Et aussi parce que ce soir, j'espérais vous avoir en face de moi dans un bon restaurant...
- Oh.
- Cela vous tente?
- Oui. Beaucoup!

Nina pensa qu'elle allait trop vite, mais un peu d'ivresse n'allait pas lui faire de mal. Et la changerait de ces derniers jours.

- Parfait! Je passe vous prendre vers 19h?
- Volontiers.

Elle lui donna son adresse, et passa l'après-midi à taper n'importe comment.


Plongée dans la carte, elle le regardait de biais, en lui jetant de petits regards inquiets. Il était beau. Très beau. Blond, les cheveux longs, les yeux bleus très clair, il l'envoûtait. Et elle n'aimait pas ça. Surtout qu'elle se demandait ce qu'il pouvait lui trouver.

- Vous avez choisi?
- Oui, je vais prendre des moules farcies.
- Bon choix.
- Et vous?
- Une pizza végétarienne.
- Vous êtes végétarien?
- Oui.

Son téléphone sonna. Elle s'excusa en le coupant.

- Ce n'est rien.

Mais l'interlocuteur s'acharnait.

- Prenez l'appel, sinon ça ne va pas s'arrêter, rit le blond, qui s'appelait Jérémie.

Nina s'excusa encore, et s'exécuta en quittant la table. Dans les toilettes, elle entendit la voix de Christophe au bout du fil.

Mais qu'est-ce qu'il lui voulait encore?
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Aklina
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Sam 7 Juin - 18:31


Je suis maudite, jamais il n’aura le bon goût de me ficher la paix celui là…

« Votre interlocuteur ne peut vous parler pour le moment, veuillez raccrocher et éviter de rappeler d’ici la semaine prochaine ! Merci !! »

Le portable claqua entre ses doigts et s’éteignit avant d’être sauvagement fourré au fond de sa poche. L’air renfrogné elle s’approcha du miroir pour se recoiffer et essayer de reprendre forme humaine, et si elle pouvait y rajouter un peu d’élégance ce n’était pas de refus… .

De l’autre côté de la ville, allongé par terre, un grand homme au regard terne parla à un téléphone sans voix, et sans ouïe. Et tandis que Nina regagnait la table à laquelle un bel inconnu l’attendait, l’homme se rendit compte qu’à l’autre bout du fil, plus rien ne vivait.

« J’ai perdu… cette fois »

Glissant sur le côté pour se relever il éteignit à son tour l’appareil et le jeta sur le lit. Dans l’appartement tout n’était qu’ombres et murmures, il ouvrit la fenêtre. Dans l’appartement en dessous de chez lui, la lumière était éteinte, elle n’était pas chez elle. 20h30 et Nina n’était pas chez elle, venait-il vraiment de perdre la partie? Et, elle, jouait-elle avec lui? C’est exactement à ce moment, quand les questions prennent formes, quand, enfin, elles ont le courage de sortir de leur trou, qu’il est impératif de les faire taire, les oublier, les noyer. Il y avait pourtant une chose que lui avait appris ces questions, il aurait beau les fuir, elles sont définitivement plus rapides que lui, mais il voulait la paix ne serait ce qu’une nuit, une heure, qu‘importe, juste la paix. Ses pas le menèrent dans la salle de bain, devant le miroir de l’armoire à pharmacie, comme toujours.

« Elle a l’air délicieuse votre pizza »
« Vous en voulez un bout ?»

Ca ne se fait pas ma grande…
Mais qui écoute encore sa conscience ?

La seconde voix l’emporta, mais ne l’emportait-elle pas toujours?

« A vrai dire oui, mais je ne vous propose pas de mon plat… »
« Merci, j’apprécie la délicatesse »

Quel sourire…

La pizza était bonne, la soirée agréable, l’homme charmant. Nina espérait seulement que tout ça la mènerait quelque part et pas dans un bourbier innommable si possible.

A la fin du repas il avait payé, l’avait raccompagné, et n’avait pas essayé de l’embrasser. Avant d’entrer dans le hall elle ne put réfréner un coup d’œil à la façade. Au cinquième étage la lumière vacillante de la salle de bain restait allumée, bleuté. Elle esquissa un soupir et finit par monter donner à manger au chat. Avant de sombrer dans un lourd sommeil elle repensa à la soirée, à Jérémie et son végétarisme, elle aussi aurait voulu le devenir, mais il faudrait accepter de grandir pour ça. Mais peut-être qu’elle venait de prendre le bon virage, enfin. Et pour être sûre de le négocier correctement elle ne rallumerait pas son portable, pas de suite… .

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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Ven 4 Juil - 0:51

« Tu étais où ? J’ai déjà couché les filles !
-Une réunion à mon travail… Ca a duré un peu plus que prévu… »
Jérémie éprouva une vague culpabilité en accrochant son manteau dans l’entrée. Mais sans Sarah et Kath’, cela se révélait plus facile qu’il ne l’aurait cru. Pour faire comme si de rien n’était, il suffisait d’éviter d’y penser. Inutile de se projeter dans l’avenir, rien n’assurait que son aventure était destinée à durer… Et puis, en rationalisant correctement les choses ça ne devrait pas être plus difficile à gérer que son boulot.
Bien sûr, c’était sans tenir compte de sa mégère de femme qui l’engagea dans une joute verbale à onze heures et demie du soir, alors qu’il ne souhaitait que se coucher et dormir, remettre problèmes moraux et pratiques au lendemain.
« Ton travail, ton travail ! Tu n’as que ces mots là à la bouche ! Jamais là pour aider tes filles à faire leurs devoirs ! Ou même pour me voir… On se croise le matin et le soir, mais je n’ai plus l’impression de vivre avec toi… »
Cette voix perçante virant dans les larmoiements sur la fin de sa tirade… Elle ne comprenait pas ? Que c’était elle, le problème, si étouffante, à occuper tout l’espace, à le noyer sous ses paroles, ses états d’âme ! Sa volubile épouse, maîtresse de maison… Maîtresse de la maison. Prenant tout en charge pour lui reprocher ensuite son manque d’initiatives… Sans se rendre compte que c’était elle qui empêchait toute initiative. A ses côtés, il avait peu à peu le sentiment de ne plus exister, aspiré par sa force d’attraction, simple satellite d’un moite univers domestique. Respirer. Il avait besoin de respirer.
Finalement la dispute s’éteignit d’elle-même par son manque de répondant. C’était si facile de jouer l’homme d’affaire épuisé, persécuté par une femme tyrannique. Elle ne se doutait de rien, juste les reproches habituels, quotidien ennuyeux et répétitif, qu’il se sentait prêt à affronter placidement si sa vie retrouvait quelque saveur hors du foyer. Mais le vrai reproche, le germe de la honte incrustait plus durablement ses griffes en lui, fertilisé par la facilité du mensonge. Une explosion eut risqué de tout briser, une bonne fois pour toute… Le péril était trop grand, mieux valait sauvegarder le couple, la famille, l’habitude. Seulement, le fait qu’elle ne soit pas même alertée, pas même jalouse… Pauvre Nelly, enkystée dans son aveuglement, râlant sans même plus ressentir l’énervement… Tout marchait bien, rien ne semblait lui résister et il s’en sentait presque triste.
« Si elle m’aimait encore, elle l’aurait remarqué. »
Et puis il se souvint d’une enquête lue récemment, démontrant qu’un mari sur trois avait trompé sa femme plus de deux fois. Ce n’était que sa première, alors… Rasséréné par cette pensée, il trouva le sommeil, sans même remarquer le corps chaud qui se blottissait contre lui.

Nina se réveilla en pleine nuit et sa première pensée fut pour Jérémie :
« Si je laisse mon portable éteint, il ne pourra pas me rappeler ! »Prise d’effroi à l’idée qu’elle ait pu louper un appel, elle ralluma aussitôt le petit engin qui la salua d’un vibrato rassurant entre ses doigts. Rien, pas même de son encombrant voisin. Elle se sentait mieux comme ça, reliée aux autres par téléphone interposé. Pas de regard à affronter, pas de présence à supporter, juste des mots. Et si les choses prenaient un tour désagréable, un simple bouton et couic, fin de la conversation. Avec le téléphone, on pouvait tout contrôler.
Depuis peu, elle ne se sentait plus en mesure d’assumer sa solitude. Ce n’était pas une raison pour fréquenter n’importe qui ! Et une relation représentait tant de doutes et d’épreuves, qu’il n’était pas question d’en mener deux de front (sans parler de l’interdit moral)… Les choses se présentaient bien avec Jérémie, presque trop… Exit Christophe donc. Avec un peu de chances, il aurait compris : les mecs bizarres dans son genre et leur lot de complications, elle ne voulait plus en entendre parler !
Ledit voisin, appuyé contre le bord carrelé de la baignoire, avait la silhouette embrumée par la fumée entêtante du cannabis qui s’accumulait en volutes grisâtre contre le plafond. Le téléphone gisait derrière la poubelle, écarté par un geste rageur. Mais les repères n’étaient pas assez troubles encore. Cela ne suffisait plus pour éclipser les questions et la douleur du doute. Il lui fallait une ivresse plus profonde.
Celle du jeu. Et qu’elle le veuille ou non, elle allait participer. Si elle ne voulait pas faire le joueur adverse, il lui restait le rôle du pion…
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Amnesy
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Jeu 31 Juil - 18:32

Jérémie se réveilla, le lendemain matin, embrumé. La place à côté de lui était froide, Nelly devait être levée depuis longtemps. Quel jour on était déjà? Ah oui, vendredi. C’était son jour de congé. Il l’avait pris comme ça, non pas pour passer du temps avec ses filles et sa femme, mais pour lui, rien que pour lui. Nelly n’était donc pas au courant, mais ce n’était pas grave, elle devait sortir toute la journée, préoccupée par son emploi du temps surchargé. Les filles étaient à l’école, et mangeaient à la cantine.
Jérémie avait donc du temps. Il s’assit dans son lit, lissant les draps de part et d’autre de son corps. Les bras croisés sur son torse nu, il repensa à Nina, l’esprit léger, sans la menace de sa femme planant tel un spectre au dessus de lui. La veille, il s’était un peu trop emballé. Se rassurer avec des statistiques, des paroles toutes faites, c’était ridicule. Il ne l’avait même pas embrassée… Comment pouvait-il songer qu’il avait trompé sa femme, avoir une aventure?
Il rit nerveusement. Son esprit avait pris un peu d’avance par rapport à la réalité des faits. Mais pour Jérémie, ce n’était pas grave. Les faits allaient bien vite arriver, il en était persuadé. Son téléphone portable était éteint, bien rangé dans sa sacoche d’homme d’affaires, à l’abri de tout regard indiscret. Car oui, il avait beau se plaindre de sa femme et de tous ses défauts, il était bien trop lâche pour en parler directement avec Nelly, et pour risquer de briser le calme de sa petite famille. Les habitudes, c’est bon de se blottir dedans, et de ne plus bouger. C’est facile.
Il s’étira, et alla prendre une douche. L’eau sur son corps qui s’éveillait lui fit du bien, réveilla tous ses pores. Il ferma les yeux et pensa à Nina. Qu’elle était belle! Elle lui plaisait drôlement.
Après une échappée rocambolesque, il sortit, une serviette nouée autour de la taille. Sifflotant, il réfléchissait à ce qu’il allait lui dire, quand il l’appellerait, tout à l’heure… Il était presque heureux, en ce jour de congé bien mérité.

Une volute s’écrasa contre le plafond jauni. Son cerveau marchait à mille à l’heure, il lui fallait échafauder un plan. Il n’avait pas aimé perdre, ne serait-ce qu’un peu, face à Nina. Cela faisait maintenant dix ans qu’il épiait le moindre fait et geste de ce petit brin de femme qui avait emménagé alors qu’elle était encore étudiante. Dix ans qu’il essayait de bâtir quelque chose à son encontre, ou alors opérer un rapprochement stratégique. Pourtant, ce n’était que depuis peu qu’ils avaient échangés leurs numéros. Un soir, il lui avait fait du rentre dedans au sens propre. Il avait simulé une course rapide et éperdue, à la fin de laquelle il lui était rentré dedans, et l’avait faite tomber. Par la suite, il s’était excusé platement, l’avait invitée à boire un verre chez lui -qu’elle avait refusé- et à force de persuasion et d’insistance, ils s’étaient échangés leurs numéros, et il avait commencé ce rituel téléphonique.

Nina y avait pensé toute la journée. En rentrant de son travail, elle s’était jetée sur le cadre et la photo, que sa rencontre avec Jérémie avait éclipsés. C’était bien elle dessus, mais à quel âge? Vingt ans. Et puis, elle souriait sur cette photo, mais elle ne souriait pas à l’objectif. A qui donc, alors? Ou pourquoi?
Elle réfléchit activement. Elle habitait déjà ici à l’époque. Elle se remémorait tant bien que mal ses amis d’alors, ses rencontres. Mais elle ne parvenait pas à savoir qui avait pris cette photo, et en quelle occasion.
La pose qu’elle avait n’était pas une pose photographique à proprement dite. C’était une pose de tous les jours, une attitude qu’elle pouvait avoir n’importe quand. En y regardant bien, la photo était un peu grossière, comme si un zoom avait altéré la qualité de l’image…
Nina restait perplexe. Que lui voulait la personne qui lui avait envoyée cette photo? Voulait-elle jouer?
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Lun 11 Aoû - 4:28

Il porta une nouvelle cigarette à ses lèvres, et, dans un geste machinal, frotta son doigt contre le mecanisme du briquet.
Quelque chose avait changé, c'était certain. Comment expliquer que cette beauté névrosée se soit découverte une volonté sinon ?
C'était ça.
Il fallait qu'il découvre ce qui avait changé. Ou qui l'avait changé.
Et qu'il le brise.

Bien qu'il ne veuille pas se l'avouer, il savait que son penchant pour Nina s'enracinait dans sa déchance. Elle le ramenait à lui même.
Le regard dans le vide de la cendre tomba lentement sur le tapis.
Lentement, la fumée continuait de s'élever.
Lentement, la combustion amenait le cylindre à son terme.
Son regard vint lentement se poser sur le bout rougeoyant.
C'est comme ça qu'il l'aurait.
A l'usure.

Il attrapa un stylo et un morceaux de papier.
Il allait lui glisser ça sous la porte.
Peu importe ce qu'il écrirait.
L'important était l'érosion.
La cendre s'éteignit.


Plus elle regardait le cadre, et plus la bile lui motnait à la gorge.
Difficile d'analyser rationellement une partie de sa terreur.
Comme elle avait l'air comblée. Sans rien demander de spécial que de pouvoir rester à cet âge béni.
Mais le temps l'avait rattrapé, lui.
Il lui avait effacé son sourire, comme on efface son passé.
D'un revers de main.
Mais il vous rattrapait toujours.
Peut être que son sourire n'était qu'enfoui en elle ?
Elle rigola mollement.
Ridicule.
Elle observait le verger autour d'elle.
Le temps allait peut être lui aussi l'effacer.
Mais elle l'aurait vu une denrière fois avant.
Si elle ne pouvait pas se souvenir de la personne qui avait prit la photo, elle se rapellait l'endroit.
A la périphérie de la ville, vers le nord.
Armée d'une résolution nouvelle, elle saisit ses clés et sortie.
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Aklina
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Jeu 14 Aoû - 20:08

Elle ne pouvait pas se rappeler du photographe puisque c‘était une photo volée. Elle pouvait concevoir que l’on prenne les gens en photo à leur insu, peut-être même avec une pointe de fétichisme concernant les inconnus, là où elle perdait pied c’est le moment où le dit fétichiste décide de poster le cadre près de dix ans plus tard à son modèle. Et elle avait beau retourner ses souvenirs dans tous les sens, aucune de ses connaissances de l’époque n’était assez dérangée pour s’adonner à ce genre de divertissement.
C’est à cette instant précis que lui apparut une image très nette du photographe. Son monde s’écroula, elle s’arrêta. Ce n’était plus la peine qu’elle se rende au verger. Déçue. Et un tantinet apeurée. Ça résumait bien son état sur le chemin du retour. Elle tâtonna dans sa poche pour tomber sur son téléphone. Presque rassurée elle se mit à accélérer le pas. Elle espérait que la lumière de l’appartement du dessus serait éteinte. Pour une fois elle n’allumera pas la sienne en rentrant. S’il pouvait croire qu’elle découchait ça la rassurerait un peu plus.
Bienvenue à ParanoCity… Maintenant, assise sur son clic-clac, elle l’imaginait l’avoir prise quand elle rentrait chez elle ou qu’elle sortait, là-haut derrière sa fenêtre à attendre qu’elle pointe le bout de son museau, la traquant jusque dans les endroits où elle déjeune, avec un zoom on peut prendre de loin... Nina en vint même à se demander combien il en avait d’elle accrochées au-dessus de son lit. Elle le savait dérangé, dès le début elle l’avait su mais pas à ce point. En tout cas elle l’espérait, jusqu’à aujourd’hui. Jérémie était la solution à son problème présent. Elle n’avait aucune envie de finir à la morgue et que les enquêteurs concluent qu’elle avait été la victime d’un obsessionnel bon pour l’asile à vie.
La sonnerie retentissait à l’autre bout de la ligne. Jérémie sauta sur son portable sans se soucier des questions de Nelly. Une fois sur le balcon il décrocha
- Nina?
- Oui.
- Quelque chose ne va pas?
- J’ai besoin de te voir. Maintenant.
Je t’ai demandé qui c’était tu pourrais me répondre quand même!!!
- Jérémie?
- Oui?
- C’est qui, elle?
- Une mégère. J’arrive.
C’est elle qui raccrocha. Alors comme ça il avait une mégère.
De son côté, il referma la fenêtre du balcon et se dit que peut-être, la force qu’il attendait depuis si longtemps, l’once de courage qui lui fallait pour sortir de ce guêpier c’était elle qui la lui amènerait. Nelly-la-mégère, qui avait tout entendu, le suivait comme son ombre dans l’appartement. C’est qui la mégère? Tu vois quelqu’un d’autre c’est ça? J’en étais sûre! Une petite jeune? Vous êtes tous les mêmes!! Et les filles t’y as pensé? Trop de réponses possibles et une seule adaptée à la situation Ta gueule! et claquer la porte. Il lui parlerait en rentrant, Nina n‘allait pas bien et sa femme était le cadet de ses soucis. Au moins là c’était amorcé, il ne pouvait plus reculer… .
Ce n’est qu’en arrivant dans la rue de Nina qu’il commença à avoir peur, pourquoi voulait-elle lui parler, était-ce grave? Et pour Nelly qu’allait-elle lui dire?
A l’interphone, sa question le surprit:
- Qui Moi?
- heu…moi, Jérémie.
Ouf, elle lui ouvrit.
Nina ne savait pas trop si elle voulait lui parler de sa mégère ou de la photo en premier. Pour lui il vaudrait mieux que le sujet famille soit réglé de suite, histoire qu’il ne se pose pas des dizaines de questions inutiles durant la conversation. Et puis elle s’en fichait, il ne lui avait pas dit que c’était sa mère, il ne lui avait pas raccroché au nez en s’enfuyant, il ne s’était pas caché derrière un mensonge non plus. Pendant un instant elle avait eu peur qu’il lui réponde que c’était sa mère, quelqu’aurait été sa véracité ce fait n’aurait été que nuisible, à trente ans avoir sa mère sur le dos quand il reçoit un appel c’est un peu rédhibitoire et s’il peut mentir au point de se rendre ridicule ce n’était que guère mieux… .
Ensuite elle lui parlerait des photos d’elle que Christophe devait contempler tous les soirs avant de dormir en fumant tout et n’importe quoi, ces photos qu‘il prenait sans même qu‘elle ne s‘en doute et elle lui montrerait le cadre. Elle ne savait pas très bien ce que Jérémie pourrait faire mais elle ne voulait surtout pas rester seule dans ce studio avec un zonard en face de chez elle qui épiait pas mal de ses gestes. Elle se félicita de ne pas avoir de fenêtre à sa salle de bain et ouvrit la porte d’entrée.

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Elénius B.
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Ven 31 Oct - 15:18

Jérémie passa la porte étroite de l'appartement, il regarda Nina qui lui fit un signe pour lui dire de se taire. Elle ferma sa porte sans aucun bruit et le tira avec elle dans la salle de bain. Jérémie réprimanda un sourire et regarda Nina comme pour l'ausculter, elle était pâle, la bouche sèche. Il s'installa sur le bord de la baignoire et ouvrit la bouche pour se lancer, il ne savait pas vraiment par quoi il allait commencer la mégère ou Nina. De toute façon il fallait tout dire, il se décida à parler de la mégère en premier lieu.

"- Je... souffla-t-il
- Tais-toi, j'ai des choses à te demander. aboya Nina. C'est qui la mégère qui grognait derrière toi?"
Jérémie éclata de rire, ce portrait de sa femme était fidèle.
"- Un bouldogue qui me sert de compagne, je peux tout t'expliquer."

Nina ne répondit pas, tant mieux, cela laissait à Jérémie le temps d'inventer quelque chose, il passa une main indélicate indélicate dans ses cheveux. Il réfléchissait. Bien que cela l'eût sans doute aidé de cacher ses enfants il se décida à tout révéler.

"- J'ai deux enfants, deux magnifiques filles. Elles seraient parfaites si elles n'étaient pas les filles de leur mère. Tu sais cette femme je l'ai jamais vraiment aimé, je me suis marié parce qu'il me fallait quelqu'un pour m'aider à monter mon entreprise...
- Ca suffit. En fait, j'en ai rien à foutre."

Nina attrappa une cigarette et en tendit une à Jérémie, elle l'alluma et lui jeta le briquet. Elle posa son regard sur le tableau au fond le pièce -une espèce de croute immonde qu'elle avait peint quand elle avait amménagé ici- un paysage marin comme il y en a des milliers. Pourtant, son regard se perdit dans ces flots bleuâtres et elle pensa qu'il avait du courage. Bien sûr c'était pas bien, mais elle s'en fichait.

Jérémie regardait Nina, il alluma la cigarette qu'elle venait de lui donner et planta son regard dans le visage de Nina, elle ne paraissait pas s'en soucier. Il ne l'avait jamais vu aussi belle. Il souffla un léger nuage de fumée opaque en direction de Nina.

"- Qu'est-ce-qu'il se passe Nina, tu m'as pas fait venir que pour ça, si..?
- Non, tu as raison... En fait j'ai un problème. Attend-moi là deux secondes."

Nina sortit en silence de la salle de bain et alla chercher le cadre et la poubelle de la cuisine, elle se rendit compte qu'elle n'avait pas fermé le verrou et elle l'enclancha en silence. Revenant dans la salle de bain elle tendit le cadre à Jérémie, puis chercha machinalement la lettre qu'elle avait reçu avec le colis.

Jérémie regarda la photo sans broncher.

"- Un fou m'a envoyé ça, c'est mon voisin du dessus. Une espèce de vieille connaissance. Une fois nous étions allé nous promener avec des amis au nord de la ville dans les vergers. Jusqu'à tout à l'heure je ne savais pas qui m'avait prise en photo mais je m'en suis souvenue par hasard. Il souriait derrière son appareil. souffla-t-elle sans prendre sa respiration.
- Tu es sûre de ce que tu dis..? Enfin je vois pas le problème... Tu crois qu'il t'observe et te poursuit?
- Jérémie c'est pas l'heure de te foutre de ma gueule, c'est vrai.
- Mais qu'est-ce-que tu cherche dans la poubelle Nina? C'est une pratique courante chez toi..?"

Il écrasa son mégot dans le lavabo et le jeta dans la poubelle, Nina ne répondit pas. Enfin sa main saisit le rugueux papier qu'elle avait touché et jeté à la réception du colis. Elle se dit à elle même que c'était l'instant de vérité. Elle jeta sans un coup d'oeil le papier à Jérémie.

"- Il a mis ça avec, je ne l'ai pas lu."

Jérémie jeta un dernier coup d'oeil à la photo, elle était pas mal dessus, mais il la préfèrais aujourd'hui. Il commença à déplier le papier et lu les premiers mots à haute voix:

"- Cueillez, cueillez votre jeunesse à cette fleur la vieillesse fera ternir votre beauté... dit-il. Ben putain il a des références ton voisin... Ecoute la dernière phrase : Peut-être vos derniers mots seront-ils : <<Christophe me celebroit du temps que j'estois belle.>> Oui, t'as raison, ce mec à un problème...
- Jérémie on est pas là pour ça..."

Nina commençait à trembler ces vers de Ronsard n'était pas les plus tendres qu'elle aurait pu entendre... Jérémie lu le reste de la feuille en silence. Son expression changeait peu à peu.
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Aklina
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Mar 11 Nov - 15:09

- Qu'est-ce qu'il écrit de pire? demanda Nina, inquiète en voyant le visage de Jérémie.
- Je préfère pas te le dire, mais va à la police porter plainte, ce type est un malade.
- Carrément?? Mais...
Nina réfléchissait à toute vitesse. BIzarrement, son obsession sur son âge s'était envolée, pressée par les événements récents, et surtout cette lettre si.. affreuse.
- Dis-moi quand même.
Elle s'assit par terre pour mieux encaisser les mots qu'elle allait entendre.
- Ok, fit Jérémie, gêné. Bon, accroche-toi bien: "Mademoiselle, l'heure de la beauté éternelle est-elle venue entre vos murs? La main de Dieu vous frappera de sa lourde sentence, bien avant que votre souffle paisible de dormeuse vous protège des terribles souffrances engrangées. "

Jérémie s'arrêta et leva les yeux vers Nina, de plus en plus tremblante, et soudain très pâle.

- Ca va aller? demanda-t-il, inquiet.
- Oui... Oui. Continue. Termine.
- D'accord. "Seul l'Amour inconditionnel vous sauvera, pensez-vous. Mais Christophe refusera votre présent, car le temps est passé, et le gong final a sonné. Trop tard serait votre geste, vous n'entendrez qu'un rire leste de tout engagement, de tout regret. Ne soyez pas impatience, demoiselle, votre Heure n'est point encore là, mais se rapproche lentement et sûrement."

Jérémie marqua un silence.

- Voilà, fini. Il n'a pas signé.
- C'est clair que c'est lui, Christophe n'avait pas besoin de signer.
- Tu veux toujours aller à la police?
- Je ne sais plus. J'ai l'impression qu'il me surveille, qu'il m'épie. Il doit probablement savoir que tu es venu, et qu'on est là dans la salle de bain à s'affoler à cause de sa lettre. C'est sûrement ce qu'il a voulu d'ailleurs, me faire très peur.
- Tu le crois si futé que ça? A mon avis, il ne sait pas que je suis là, ni qu'on est là dans la salle de bain. Quand même! Est-il entré un jour dans ton appartement?
- NOn, je n'en ai pas le souvenir.
- Bon, alors il n'y a ni camera, ni micro, rien. Détends-toi.
- Me détendre? Tu as lu la lettre!
- Oui, mais rien ne sert de paniquer. C'est ce qu'il souhaite, en plus.
- Je sais.
- Tu devrais partir d'ici quelques jours. Tu veux venir dans mon chalet?
- Hein?
- J'ai un chalet dans l'arrière pays, tu y serais en sécurité.
- Seule dans un chalet dans un coin totalement paumé? Tu as perdu la tête?
- Je peux y être avec toi si tu veux.
- Ah, nous y voilà.

Nina bouillait intérieurement. Pour une fois qu'elle rencontrait un homme qui lui semblait sympathique et qui lui faisait oublier son âge, son grand âge, il était un peu trop pressant pour elle, voir même trop entreprenant!
Puis elle se raisonna un peu. C'était en tout bien, tout honneur, Jérémie ne faisait que lui proposer ce chalet pour son bien, sa sécurité. Elle était ridicule de réagir ainsi.
Elle se radouçit.

- Bon, je veux bien accepter ton offre. Mais juste parce que je suis en danger hein? rit-elle.
- Bien sûr.
- Et tu peux être présent, si tu veux. Ca me fera plaisir d'avoir quelqu'un à qui parler. Mais ta femme?
- J'en fais mon affaire.

Plus tard, Jérémie partit, promettant à Nina de revenir la chercher dans la soirée, qu'elle se tienne prête avec toutes ses affaires, ils partiraient tout de suite en voiture au chalet. La route était longue et sinueuse, voir un peu dangereuse, mais c'était dangereux pour Nina que de rester à son appartement.

Bien sûr, Christophe verrait par sa fenêtre que Nina ne rentrait plus chez elle, ne verrait plus la lumière. Jérémie y réfléchit un moment.

Il fallait que Nina parte déguisée, et qu'une femme, pour la silhouette, qui accompagnerait elle même déguisée Jérémie pour entrer chez Nina, la remplace. Tout simplement. Cela duperait sûrement Christophe, abruti par les vapeurs de fumée. Il espérait.

Maintenant, il fallait annoncer cela à sa femme. Il se sentait plein de courage, un courage que lui avait insufflé Nina et tous les instants passés avec elle.

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Amnesy
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MessageSujet: Re: [3ème] Miroir   Lun 24 Nov - 20:42

« Mais le courage ne dure jamais qu’un temps… » lui soufflait déjà la petite voix à la fourche qui habitait son hippocampe. Jérémie y avait déjà réfléchi et ce n’était pas réellement de la lâcheté, juste un instinct de survie, et dans ces conditions une lettre suffirait-elle ? Peut-être. Même si au final il lui parlerait très certainement.
Nina n’avait pas beaucoup dormi les deux nuits suivant la lettre, elle espérait que le plan de Jérémie fonctionne, elle espérait aussi que sa femme ne le séquestre pas. Dans ces instants tout devient possible, que Christophe lui ai subtilisé ses clefs après son changement de serrure, qu’il soit déjà dans l’appartement, que Jérémie soit son complice, tout. Cette dernière idée l’empêcha à elle seule de se rendormir cette nuit là. Demain elle partira avec un homme qu’elle ne connaît quasiment pas, dont elle venait d’apprendre l’existence d’une femme et d’enfants mais il lui paraissait tout de même qu’elle pouvait lui faire confiance et puis elle n’avait plus vraiment le choix, s’il était son complice elle finira de la même manière que s’il ne lui venait pas en aide donc… .
La porte d’entrée était ouverte, une légère agitation animait l’appartement de Jérémie. C’est précisément cette porte ouverte qui le fit hésiter. Ce n’était peut-être pas le moment… mais c’est le genre de bon moment qui n’arrive jamais. Il ne s’était pas préparé à trouver sa mère dans la cuisine. Il faillit faire demi tour prendre les accessoires de déguisement et fuir mais voilà, dans le couloir il croisa sa fille. L’heure prévue approchait, il n’avait qu’un coup de fil à passer, à la fille qui devait se faire passer pour Nina, pour tout annuler.
Le soleil se couchait laissant place à la lueur blafarde des lampadaires sur le boulevard. Elle n’avait plus que deux heures à attendre dans l’angoisse, deux heures et ils partiraient, en sécurité. L’idée d’appât venait de lui. La remplacer quelques temps dans son appartement par une autre. Mais combien de temps ? Et s’il ne passait pas à l’acte ? Plus que trente minutes, les dernières sont les pires. Comment faire pour coincer ce malade s’il ne se manifestait pas durant ces mois d’absence. Et s’il la retrouvait ? Et s’il ne venait pas ? L’heure venait d’être dépassée de quinze minutes. Il n’allait pas venir, elle venait d’être abandonnée. Une vague de panique passa dans son regard. Elle commença à chercher son portable, voulait l’appeler, pour savoir, être sûre.
Il sentit son portable vibrer, une deux puis une troisième fois mais il ne pouvait pas répondre. Il savait qu’il était en retard. L’explication avec sa femme avait pris du temps, en fait juste le temps qu’elle le fiche dehors, un sac d’affaires lui appartenant dans les bras. Sa fille avait voulu le suivre mais elle l’en avait empêché, du coup il était en retard. Sa passagère était la fausse Nina. Elle ne savait plus où dormir, c’est pour cela qu’il l’avait choisi, elle resterait chez Nina, en pensant que c’est un service immense que cette femme qu’elle ne connaît pas lui rend. Et c’est ce qu’elle pensera encore pendant douze jours.
Elle fondit en larme sur son lit quand la sonnette retentit. Pour la première fois elle lui trouva un doux tintement. Se précipita à la porte et les fit monter. Elle ignora les remerciements incessants de la jeune femme qui lui ressemblait effectivement un peu et tomba dans les bras de Jérémie qu’elle ne pensait plus revoir.
Au bout de quelques heures de route ils arrivèrent dans un chalet près d’un lac. La vie sembla de suite plus intéressante Elle avait toujours voulu passer des vacances dans un chalet près d’un lac. Et ces quelques mois allaient être les plus beaux qu’elle ait passés depuis pas mal de temps. Du moins c’est ce qu’elle pensa pendant treize jours.
Un peu moins de deux semaines plus tard, un bruit de verrou brisa légèrement le silence de la nuit dans le petit appartement de Nina.
Jérémie arriva en courant du village en contre bas. Nina l’accueillit avec une mine réjouit qu’elle perdit quelques seconde plus tard. Sa « locatrice » était en ce moment même à la morgue. Une belle entaille à la gorge. Elle faisait la une des journaux. Dans son sommeil, expliquait l’article, elle avait été égorgée dans son sommeil vraisemblablement. Les autorités auront vite fait de faire rechercher l’assassin, et la propriétaire du studio. Ce qui ne rassura pas cette dernière. Puisque s’ils recherchaient Christophe c’est qu’ils ne l’avaient pas encore retrouvé, et donc lui aussi devait la rechercher, et il faut dire que les précautions prises pour la location du chalet et autre petits détails ne lui suffisaient plus. Elle ne pensait pas qu’il irait jusqu’au meurtre. Maintenant elle s’attendait à beaucoup plus de choses de sa part. Comme avoir pris connaissance du nom de famille de Jérémie… et si c’était le cas elle n’avait plus beaucoup d’espoir de ne pas le voir débarquer ici.
Ce qui fut effectivement le cas. Un soir. Elle avait confié ses doutes et angoisses à Jérémie, ce qui expliquait très certainement que celui-ci s’était préparé à le recevoir. Nina ne voulut rien savoir, et il ne lui aurait de toute façon rien dit de vrai, alors autant éviter les mensonges lorsqu’on le peut. Elle se disait juste des fois que les lacs ne vont et viennent pas comme les mers, les rivières, les fleuves. Les corps ne sont pas rejetés sur les berges et elle espérait juste qu’ils ne remontent pas à la surface . Jérémie se disait la même chose mais lui savait que, lesté, un corps ne remonte jamais à la surface.
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