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L'Ombre Derrière les Dunes

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Emaneth
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MessageSujet: L'Ombre Derrière les Dunes   Jeu 24 Juil - 22:20

[Je précise que cette nouvelle n'est pas encore terminée Wink !)]

Partie 1 - Lorsque le monde réapparait




« Garde le bien précieusement ! » Chuchota Aziky.



Camouflées derrière la dernière porte, dans un couloir aussi sombre et crasseux que leurs yeux étaient d'ébène, cernés par la fatigue et la faim, elles avaient fui le monde d'en bas. S'échapper des Caves, terribles dédales suffocants, fut une épreuve plus facile que prévue pour les deux fillettes. Les adultes s'y terraient, empilés les uns sur les autres, espérant qu'un jour le ciel perde sa teinte violette. En haut tout le monde savait que seules douleur, famine, larmes, violence, ténèbres et peur, continuaient d'exister. La vie s'était recroquevillée, s'enfouissant à grand coups de pelle et de pioche, à grand coups d'espoir et de corps brisés. Le temps, figé, grignotait les dernières secondes de l'humanité. Hommes, femmes et enfants pleuraient sur leur corps affaiblit, sur leur peau maladive à la lueur des néons fatigués. L'ombre les avalait l'un après l'autre. L'ombre ne s'arrêtait pas. L'ombre étouffait les cris et les battements de coeur fragile de ses longs doigts immortels.



« Attache le bien solidement et laisse la bouteille dans ta poche ! Entendu ? »

- D'accord, Azi ! » Répondit une voix enfantine et affaiblie, qui pourtant respirait l'enthousiasme. Yasha revêtit le masque à oxygène et la petit bouteille que lui tendait Aziky, laissant tomber délicatement ses longs cheveux noirs sur l'élastique qui enserra alors son crâne. Sa grande soeur, armée du même attirail actionna la minuscule vanne qui leur permettrait de respirer sans trop de problèmes à l'extérieur des caves. Une bouffée d'air frais issue des masques, emplit leurs bronches. Elle l'avait presque oubliée cette impression de pureté. On s'habituait très vite à l'atmosphère des caves suintant d'odeurs moisies, de sueur et de sang. A l'extérieur l'oxygène s'était raréfié à tel point que quiconque quittait les caves sans protection, se noyait dans un océan de gaz mortels, disait-on. Ainsi, il fallait bien s'équiper avant de sortir. Garder à porté de main plusieurs bouteilles volées dans les stocks de leur père et faire très attention à la jauge d'oxygène qui indiquaient précisément le pourcentage restant. Aziky ne connaissait pas exactement le fonctionnement de ce matériel vétuste, mais elle comprenait qu'il leur était vital. Un fil d'Ariane à tenir fermement.



« Aide moi à fermer la porte du SAS ! » Ordonna Aziky, d'un ton ferme et serein. Yasha, confiante, suivit les ordres donnés par sa soeur, et poussa avec elle sur une lourde et épaisse porte métallique rouillée qui érafla leurs petites mains, grinçant sur ces gonds dans un crie qui déchira le vide des couloirs. Elles serrèrent les dents, forcèrent sur leurs jambes tremblantes, glissant dans la poussière et la crasse. Dans un bruit sourd qui résonna jusque dans leur crâne, la porte se referma. Il faisait noir maintenant, complètement noir. La lueur maladive des néons n'était qu'un souvenir. Celle d'un ciel violet serait leur délivrance.



Elles avaient pris leur décision ensemble, sans trop réfléchir aux nombreux problèmes qu'elles risquaient de rencontrer durant leur périple. Yasah, agée d'une dizaine d'année, écoutait toujours sa soeur Aziky, comme on écoute un prophète. Ses grands yeux noirs la contemplait lorsqu'elle lui exposait son plan. Partir retrouver leur maison et la tombe de leur mère. Peut-être trouver de l'aide et d'autres masques à oxygène, une réserve assez conséquente pour évacuer toutes les caves. Yasah, les yeux brillant d'admiration, l'approuvait silencieusement en dodelinant de la tête. Bercer par les projets enfantins de sa soeur, elle se laissa attirer par l'espoir de retrouver ses jouets, ses poupons, son lit douillet. Aziky allait quant à elle sur ses quatorze ans. Il était même possible qu'elle ait un an de plus. Difficile de savoir lorsque les jours et les nuits ne se comptent plus avec le levé du soleil, mais avec le tic tac d'une horloge. Depuis longtemps, elle aspirait à sortir du monde sous-terrain pour quitter le cocon gangréneux qui chaque jour partait un peu plus en poussière, comme les cadavres errants que l'on croisait un peu partout dans les profondeurs. Le cocon respirait l'espoir déchu et malsain. Les adultes préféraient l'attente à l'action et se morfondaient sur leur sort, visiblement perdu. Leur père, seul médecin du village, s'occupait des malades, répartissait la nourriture et la protégeait des vols.



« Yasha, laisse bien ton masque sur ton visage ! » Elles ne voyaient plus rien, pas même leur main. Aziky pensa l'espace d'une seconde que les ténèbres les avaient dévoré. Elle tâtonna d'une main vers l'avant pour s'agripper à la porte de sortie du SAS, empoignant de l'autre le bras de Yasha, qui tremblait de peur.

- Ce n'est plus le moment de reculer ! »

- Tu restes près de moi, hein ? » Demanda la plus petite, d'une voix tremblante et étouffée par son masque.

- Je ne te lâcherai pas ! » Répondit l'autre, sûre d'elle, alors qu'elle trouvait enfin du bout des doigts, le levier d'ouverture.



Ils avaient été deux cent à s'enterrer vivant pour fuir l'horizon qui s'enflammait, pour fuir un cataclysme inconnu. Désormais, ils n'étaient plus qu'une cinquantaine, les autres n'étaient que morceau de chair et leur corps gisait quelque part dans les caves les plus basses en proie à la vermine. La famine, la Maladie ou le Meurtre les avaient happé hors de la réalité, loin dans un rêve millénaire appelé Paradis. Les plus sages essayaient d'organiser la survie, de sauver les dernières poignées de secondes qui les rapprochaient des ténèbres. Le réseau de caves, déjà construit depuis bien longtemps avait été parfait pour stopper l'avancée de l'horizon. Le ciel devenu violet, avait perdu son oxygène, mais quelques petites poches encore stériles, subsistaient comme les caves, grâce à leur système d'accès sécurisé.



La porte s'ouvrit difficilement. Dans un nuage de sable dispersé par une douce et agréable brise, la lumière pénétra le SAS, découvrant un désert aux dunes immenses où les bâtiments, les pieds embourbés, se découpaient sur un ciel malade. L'avancée du sable était inévitable. Depuis la catastrophe, plus personne ne l'empêchait d'atteindre le village, et comme une gomme, il effaçait petit à petit toute trace de civilisation, dévorant les cadavres tombés lors du cataclysme, déguisant les chemins en de vierges dunes, les lieux de vie en lieux d'oubli. La lueur des néons n'avait rien de comparable avec celle du soleil qui transperçait les paupières et la rétine. Aziky et sa petite soeur, levèrent instinctivement leurs mains noires de crasse vers leur visage pour les protéger. C'est Yasha qui déposa la première le pied sur les terres abandonnées de l'ancien monde. Dans sa chaussure trouée, elle sentit le sable s'engouffrer, chatouillant ses orteils. Il était chaud. Derrière son masque elle souriait comme elle n'avait pas sourit depuis quelques mois. Elle pointa du doigt une maisonnette qui luttait contre la marrée de sable, leur maisonnette.

« Plus que quelques mètres et nous sommes chez nous ! » Lança Yasha, souriant derrière son masque. « Tu crois que maman y est encore ? » Sa voix avait changé et tremblait d'inquiétude.

- Ne dit pas de bêtise ! Papa nous l'a déjà raconté mille fois ! » Se renfrogna Aziky.

- Mais... il suffirait qu'elle... »

- Tais-toi ! » La coupa sèchement sa soeur.

Aziky préféra commencer l'exploration du village sans Yasha, l'écartant, puis s'éloignant à grandes enjambées. L'autre, les yeux embués de larmes, la bouche pincée, lui emboîta le pas, laissant dans le sable une traînée rapidement recouverte par la danse du vent.



Toutes les rues avaient subi l'attaque des dunes. Pas un seul coin n'était protégé de l'avancée du sable, pas même les ruelles les plus enfoncées. Le vent avait soufflé durant tout ce temps, d'est en ouest, laissant les portes tournées vers le soleil couchant, libre d'accès. L'entrée des caves étaient elle-même construites de cette façon. Il existait d'autres portes vers la surface, mais beaucoup avaient été happées par les nombreuses tempêtes.



Aziky longea les murs, se protégeant du vent à l'aide d'un morceau de tissu tâché de sang qui lui servait d'écharpe. Elle l'avait arraché à la nuque décomposée d'un cadavre perdu dans le dédale des caves. Les morts livraient bon nombre d'objets en tout genre et parfois ne voulaient pas les lâcher, effrayés par l'Oublie, par l'absorption de leur identité. Parmi eux, une montre toute en or, un jeu de carte jaunis, une pince à cheveux et une paire de lunette toute ronde qu'elle gardait dans une vieille sacoche rapiécée. Celle-ci pendait lamentablement à son épaule, rebondissant dans son dos à chacun de ses pas. Un bruit métallique en résultait, provenant des petites bouteilles d'oxygènes qu'elle avait grappillées dans la réserve paternelle. Derrière la jeune fille, Yasha se traînait, toujours vexée, affichant, derrière son masque, une moue boudeuse. Comme sa soeur, elle portait des vêtements trop grand pour sa taille. Leur pantalon crasseux tombait sur leurs pieds, les déstabilisant. Leurs manches déchirées camouflaient leurs mains, dissimulaient leur effrayante maigreur.

- Nous y voilà, Yasha ! Essuie tes larmes, on va enfin retrouver nos jouets ! »
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Emaneth
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MessageSujet: Re: L'Ombre Derrière les Dunes   Jeu 24 Juil - 22:20

Partie 2 - Abel


La Famine, prédateur impitoyable, se nourrissait des réfugiés, de leurs formes et de leurs dernières réserves, les réduisant à des amas de chair et de peau humaine qui déambulaient tels des spectres à travers les caves. Rares étaient les corps décharnés qui la combattaient, car dans cette lutte acharnée, la force et le courage dépendaient beaucoup du nombre de calories ingérées.



- Je crois que nous aborderons ce sujet plus tard ! » Lança calmement Abel à l'encontre des ombres affamées qui le talonnaient. Dans les couloirs décrépis et humides, un petit groupe d'habitants s'était interposé devant l'homme le plus important du village, ou plutôt le survivant le plus important. En effet, la force politique avait péri dès la première semaine. Au bout de la seconde, les puissances religieuses disparurent dans les ténèbres. Ne restait debout que la Science, puissante et pleine de sagesse, résidant dans le coeur d'un médecin à l'esprit brouillé par la famine.

- Le cadavre de mon fils traîne dans ces couloirs infâmes à cause de vos horribles calcules ! » Cria une mère en larmes. « Je ne veux pas que mon second subisse le même sort ! » Elle s'agrippa à sa manche trop large. Le médecin se dégagea d'un mouvement vif de cette faible prise, provoquant une nuée de larmes. Une myriade de perle salée coulant sur des joues desséchées.

- Nous devrions partager toutes les gélules et les rations de survie. » Surenchérit une seconde femme, portant contre ses côtes apparentes, un enfant squelettique. Ses longs cheveux noir et gras retombaient devant ses seins, hirsute, jusque ses hanches. Ses yeux infiniment profonds reflétaient le désespoir. Aucune lueur n'y brillait, pas même celle des néons aux couleurs maladives.

- Je pensais que vous-aviez compris l'enjeu du coffre et du rationnement. Vous l'aviez tous accepté pour qu'un maximum d'entre nous survive. » Se défendit le médecin, dont les formes n'avaient rien à envier à celles des autres habitants. En l'acceptant, ils avaient tous pensé qu'ils ne s'évanouiraient pas les premiers. Ils n'avaient qu'une chance sur cent de mourir, cinq sur cent de perdre un proche, mais ce pourcentage en affectait beaucoup plus. Et tous maintenant, se liguaient contre leur propre logique glacée et scientifique.



Il y a plusieurs mois de cela, ils avaient conclu un accord solide pour permettre à un petit nombre d'entre eux de rester en vie le plus longtemps possible. Ils étaient cent. Ils avaient dû laisser mourir les plus faibles. Le rationnement n'acceptait que les plus résistant, les futurs survivants du cataclysme. Enfants en bas-âge, vieillards et malades avaient péri les premiers, puis à leur suite, les solitaires et les exclus. Une même dose journalière de pilules et d'eau était distribuée sans distinction de sexe et d'âge. Un soucis d'équité cachant un but horrible. Une dose si faible, qu'elle ne calmait jamais les ventres affamés. Le soutien moral de la famille et des amis était essentiel. Il permettait d'oublier pendant un temps, la douleur et la mort, la faim et la soif. Quiconque se retrouvait seul dans cet épreuve, finissait par se suicider ou par disparaître. On soupçonnait ceux-ci d'avoir quitter le refuge pour s'aventurer dans le désert à la recherche de la vie.



- Nous l'avions accepté, oui ! Mais voir nos frères, ceux qui partagent notre chair, s'éteindre nous est intolérable ! Je vous demande de nous répondre avec toute votre sincérité. Combien de temps nous reste-t-il ? » Demanda un homme à la bouche édentée. Sa voix, douce transforma les lamentations en un silence muet, un silence d'attente. Des yeux aux paupières lourdes et ridées se tournèrent vers le médecin.

- Un mois ou deux ! » Répondit froidement Abel.

- Vous m'écoeurez ! »

- Ce sont bien sûr des chiffres qui dépendent de notre résistance. Moins nous serons nombreux, plus nous aurons de chances de traverser cette épreuve et d'allonger notre espérance de vie. » Expliqua Abel, dont la voix s'éteignait de fatigue. Il économisait le plus possible son énergie. Les moments de rébellion comme celui-ci, gaspillaient des mots, des phrases entières, des réflexions sans buts et des mouvements inutiles, réduisait le terrible compteur qui les rapprochait des ténèbres. Dans cette chute, il fallait savoir écarter les bras pour planer et non s'effondrer comme une pierre. Il n'acceptait pas que les caves deviennent leur tombeau, son tombeau et celui de ses filles.

- Je me fous de vos chiffres, de vos conneries scientifiques et nutritionnelles ! L'unanimité est à la division des vivres désormais ! » Rétorqua le plus vif des plaignants. « Donnez moi les clefs du coffre ! » Il approcha sa main d'une des poches d'Abel, espérant y trouver l'objet convoité. Le médecin recula, chancelant sous l'effort.



Triade névrotique. Dépression, hypocondrie et hystérie. Abel expliquait ainsi la différence de comportement qu'il observait dans les yeux, le coeur et l'esprit de ses amis ou simples patients. Tout le village le respectait et durant des années il avait appris à les connaître, un par un, chacun lui dévoilant ses peines et ses joies. Avant d'être médecin, il était avant tout un écoutant, un conseiller. Depuis que l'atmosphère était devenu poison, il avait pu constater une dégradation croissante des comportements et des mentalités. Chaque parcelle d'un passée merveilleux qu'il conservait dans sa mémoire rabougrie, s'estompait pour être supplantée par d'autre, glacées et pâles. Ceux qu'il désignaient comme étant ses amis, avaient péri sous l'assaut des mâchoires aiguisées de la Famine. Les autres n'étaient pour lui qu'un ramassis d'ordure, incapables de l'aider à supporter toute la peine qu'il avait endurer durant ces mois de souffrances. Il ne lui restait que ses deux filles pour qui il donnait une part de ses gélules, de ses rations, de son eau. Il pouvait mourir, mais elles devaient vivre.



Abel chancela de nouveau alors que deux hommes l'agrippèrent par les bras, alors qu'un troisième capturait la clef salvatrice qui laverait leur culpabilité, leurs douleurs, leurs pensées. Abel baissa les bras, fatigué, aspirer dans une dimension où le temps ne s'écoulait plus de la même façon. Toute la petite troupe semblait bouger au ralentis. Leurs bras se décomposaient sur sa rétine en une multitude de membres indistincts et flous. Leur visage voulait s'exprimer dans des grimaces torturées. La lueur des néons s'éteignit. Dormir, seulement dormir. Dormir et se laisser porter par les vagues de fatigue qui l'assaillaient. Même son adrénaline ne le tirerait plus d'affaire. Le coffre serait piller, ses espoirs disloqués.
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MessageSujet: Re: L'Ombre Derrière les Dunes   Jeu 24 Juil - 22:21

Partie 3 - L'enfant charognard


Faim. Que restait-il ? Douloureuses contractions intestinales. Rien que des os, une odeur infâme, de l'horreur en boîte. Recroquevillé sur lui-même un enfant survivait tant bien que mal. Il jouait avec un vieil os qu'il avait rongé jusqu'au dernier morceau de chair. Dans son monde pestilentiel, l'ombre régnait en maîtresse, enlaçant de très près ses pupilles. Depuis un temps interminable, il n'avait pas revu la lumière du jour. Depuis qu'ils avaient tous fui dans ces caves maudites, effrayés par les nouvelles que criait la radio. Personne ne savait d'où venait le désastre. Une bombe capable de consommer toute l'oxygène de l'atmosphère ? Une réaction en chaîne provoquer dans un laboratoire secret de l'armée ? Une attaque des colonies de Mars ? Il était trop jeune pour le savoir et trop perturbé pour y réfléchir. Il n'y avait qu'une image, qu'un souvenir qui revenait frapper les murs de son crânes apathique. Une goutte d'eau dans le néant de son esprit. Une goutte d'eau cristallisée pour que l'enfant conserve une once d'humanité. Loin derrière ses paupières, il pouvait revoir ses parents debout face au soleil rayonnant, dont il avait oublié la couleur. Leurs yeux pétillant, les mains douces de sa mère, les bras puissants de son père le retenaient au dessus du précipice sans fin, au dessus de ce monde de ténèbres.




Le garçon affaibli s'avança à tâtons vers un cadavre encore frais. Une semaine peut-être. L'odeur aurait pu rebuter n'importe qui mais lui s'était habitué après autant de temps passé à dévorer ses frères, à rationner les morceaux de chair pourrie, à oublier qui ils étaient. Après tout, ils vivaient tous désormais en lui. D'une certaine façon, il les remerciait en ne laissant après leur mort, qu'un tas d'os nu, dernier vestige des hommes et femmes qui le couvèrent durant les premiers mois de cet interminable enfer. Une petite goutte d'eau réapparut au fin fond de son esprit. Ils les voyaient courir, tous ces villageois affolés portant leurs enfants, tirant leurs femmes par la main pour qu'ils puissent atteindre les caves, unis par les liens invisible de la famille. C'est sa mère qui l'avait soulevé de sa chaise alors que le ciel se couvrait de violet. C'est elle aussi qui n'avait pas pris le temps de prévenir son père.

- Papa travail aujourd'hui, mon coeur ! Ne tant fait pas, il nous rejoindra ! » Lui avait-elle expliqué pour qu'il ne rechigne pas à la suivre. « Tu sais très bien qu'ils y a plusieurs entrées pour accéder aux caves, alors suis moi ! » Avait-elle ajouté en lui tirant si fort sur le bras qu'il n'avait plus osé affronter ses mensonges. En une dizaine de minutes, ils étaient parvenus au SAS grand ouvert, qui accueillait les réfugiés. Une sirène avait retentit. Son crie s'était répercuté contre les parois des couloirs sombres et glacés où les néons, déjà faiblards éclairaient des visages décomposés par la peur. Un brouhaha, issu d'une cinquantaine de bouche avait couvert son hurlement lancinant. Puis elle s'éteint éteint, laissant place aux murmures effrayés. Le gamin se souvenait des adultes qui l'entouraient comme une armée de géants. On lui avait marché plusieurs fois sur les pieds. On l'avait bousculé alors que sa mère le traînait comme une poupée de chiffon. Le sol rocheux défilait devant ses yeux. Entre les jambes, il apercevait d'autres visages d'enfant, empreint de terreur. Quelqu'un avait crié pour prévenir tout le monde qu'on venait enfin de clore le SAS. Il fallait maintenant retrouver le chemin vers les quartiers de survie. Trouver un chemin qui n'existait plus.

- Hiiiii ! »

Le grincement qu'émit la porte blindée lui vrilla les tympans, le tirant de ses rêveries. Le silence l'avait accompagné depuis si longtemps, qu'il était capable d'entendre les murmures de la roches. Le grésillement des néons, insupportable dans la solitude, s'avérait inoffensif face à une telle décharge de décibels. Un second grincement, plus proche déferla à travers la pièce. Quelqu'un pénétrait le sas. Quelqu'un venait le chercher. Des voix étouffées transparaissaient déjà. On avait ouvert la première porte et on s'attaquait déjà à la seconde.

- Papa ! » Souffla-t'il, sa voix résonnant étrangement à ses oreilles, si différente de celle de sa conscience, plus aiguë, plus fatiguée, presque inaudible. « Papa ! » Répéta-t'il poussé par l'espoir. Il se traîna à quatre pattes vers les murmures, vers la sortie.

La deuxième porte du sas s'ouvrit alors, laissant entrer un rayon de lumière qui se perdit dans les ténèbres, absorbé par l'enfer qui y régnait. Le garçon pressa ses mains fébriles devant sa bouche et son nez pour se protéger. Il ferma ses paupières. Même avec ça, il sentait la chaleur, voyait l'ombre se dissoudre, compagne durant tant d'heures, de jours et de semaines. La lumière, enfin la lumière. La mort l'attendait. Une mort auréolée de lueur divine, comme lui décrivait son père. L'oxygène disparaîtrait bientôt, consommée, dispersée, comme son âme. Il rejoindrai sa famille. Un bout de ciel lui apparut. Un ciel violet, aux nuances mauves et pourpres.

- Papa ! » Reprit-il, essayant d'avancer, aveugle.
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MessageSujet: Re: L'Ombre Derrière les Dunes   Ven 25 Juil - 15:28

Le texte est très prenant. Surtout la partie du départ avec les deux petites filles. j'étais plongé dans l'atmosphère.

Par contre quand je suis passé au deuxième paragraphe j'ai eut un décrochage brutal.

Un peu comme le réveil qui sonne et qui te tires des limbes du sommeil.

Ceci est peut être juste dû au fait que ce ne sont que des passages de la nouvelle qui est présentée ici.

En tout cas le mystère reste entier. Et ça vaudrait le coup d'pelle pour déterrer tout ça.

J'aime vraiment bien l'ambiance qui se dégage de tout ça. On dirait un monde apocalyptique à la Fallout. (Vieux jeu sur PC).

Je ne m'étendrai que sur le fond et non la forme. Car le style me convient. Ca se lit bien.

Voilà pour mon commentaire improductif. ^^
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Emaneth
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MessageSujet: Re: L'Ombre Derrière les Dunes   Ven 25 Juil - 16:30

Merci pour ton commentaire :)
En faite, le décrochage et du au changement de point de vue. Quand j'écris une nouvelle, j'ai du mal à suivre toujours le même personnage tout du long. Et le faite qu'il y ai une cassure, c'est parce que j'ai oublié les ". . ." qui les séparent, du coups ça perd le lecteur :/ Hmmm j'devrai mettre des titres ça aiderai mieux :)

EDIT : Pour le côté apocalyptique, c'est effectivement ça Wink ! D'ailleurs, je n'ai jamais joué à Fallout, mais ma meilleure amie est accros a ce jeu, alors elle m'en a beaucoup parlé. Le 3 va sortir sûrement bientôt Very Happy
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